24/09/2012

Franc fort: tous coupables!

Il suffit parfois de gratter sous les chiffres pour débusquer des vérités déplaisantes. Deux économistes zurichois, l’un du KOF, l’autre de la BNS, ont ainsi mis en évidence d’inattendus responsables de nos misères monétaires. A les suivre en effet, ce ne sont pas seulement de vilains spéculateurs étrangers qui parient inopportunément sur la hausse du franc, mais également ceux, résidents helvétiques, qui habituellement plaçaient leur argent hors du pays et qui ne le font plus.


 

La démonstration des deux experts repose sur l’analyse de l’évolution de la balance des paiements de la Suisse. Cette balance se caractérise traditionnellement par un solde positif des transactions courantes (en gros et principalement: l’excédent de nos recettes d’exportation, ainsi que le revenu net de nos placements à l’étranger), solde intégralement compensé (sauf inévitables erreurs et omissions) par des sorties de capitaux et une variation des réserves monétaires, puisque la balance des paiements, tels l’actif et le passif d’un même bilan, est par définition équilibrée.

Ordinairement et depuis que les monnaies flottent en principe librement (1973), les réserves de change de la BNS ne varient que marginalement, et l’essentiel du solde positif de la balance courante se trouve financé (compensé) par des sorties nettes de capitaux. Mais depuis 2009, soit grosso modo depuis que le franc a commencé à s’apprécier fortement, le solde net des mouvements de capitaux s’est pratiquement évanoui, et l’excédent de la balance courante n’a plus été compensé que par l’augmentation des réserves de change de la BNS. Autrement dit: le franc n’est pas seulement une valeur refuge pour les investisseurs étrangers. Sa (trop) forte hausse est aussi le résultat d’un changement d’attitude de la part des investisseurs domestiques, qui préfèrent ne plus placer leurs capitaux à l’étranger, et qui même, probablement, ont jugé préférable de rapatrier tout ou partie de leurs avoirs.

Ce n’est pas là une grand découverte, mais c’est une raison supplémentaire d’appuyer la Banque nationale dans sa résolution de défendre coûte que coûte un cours plancher face à l’euro. Ce faisant en effet, elle ne se borne pas simplement à soulager les exportateurs. Elle empêche également que les avoirs placés à l’étranger ne continuent de se dévaloriser, ce qui aurait pour conséquence d’inciter encore davantage leurs détenteurs (caisses de pensions, assurances, fonds de placement, etc.) à les convertir en francs par mesure de précaution.

Raison, aussi, de s’attendre à ce que le retour au calme des marchés, qui se produira bien un jour, s’accompagne d’un substantiel affaiblissement du franc, puisque les exportations de capitaux reprendraient alors de plus belle.

09:07 Publié dans Banques centrales, Monnaie | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

Commentaires

Excellent et je relève la phrase première ou gratter sous les chiffres permet de débusquer des vérités parfois déplaisantes.C'est la même chose en politique quand on connait vraiment les personnages comme certains socialistes qui osent manipuler les personnes âgées pour faire des économies alors que leurs élèves sont arrivés en apprentissage sachant à peine écrire et faire des additions sans erreur,on croit rêver aussi ce que vous dites au sujet de l'argent est on ne peut plus évident!

Écrit par : lovsmeralda | 24/09/2012

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