17/09/2012

Après l’euro, le dollar ?

Le répit accordé à la crise par les paroles magiques de Mario Draghi et le jugement salomonique de la cour constitutionnelle allemande a ceci de bienfaisant qu’il détourne l’attention des marchés de l’avenir de la zone euro pour la porter sur celui du dollar. En deux petits mois à peine, et alors que le franc n’a que légèrement décollé de son taux plancher de 1.20 fixé par la BNS, l’euro a repris près de 8% face au billet vert. On se rend donc compte, chez les traders, que les problèmes ne sont pas qu’européens, et que les raisons de s’inquiéter sont également à chercher du côté des Etats-Unis.


 

Ce qui est en cause, de part et d’autre, n’est rien moins que le douloureux cheminement hors de la dette (ce phénomène de debt deflation si bien décrit par l’économiste américain Irving Fisher au début des années 30), responsable d’un ralentissement conjoncturel inédit par son ampleur et sa durée depuis la Grande Crise. Pour éviter que l’économie ne sombre corps et âme à la suite de la débâcle bancaire, on a transféré du secteur privé au secteur public le poids de l’énorme dette accumulée au cours des années d’euphorie. Ce report, massif, explique l’incapacité dans laquelle se sont trouvés jusqu’ici les Etats du sud de l’Europe à se refinancer, sinon à des taux qui ne pouvaient que les enfoncer encore davantage dans la crise. Mais maintenant que la BCE a accepté l’idée de jouer le rôle de prêteur en dernier ressort et que le Mécanisme européen de stabilité va pouvoir se mettre en place, les taux ont retrouvé des niveaux supportables, et le refinancement de la dette portugaise ou espagnole s’en trouve allégé d’autant.

De l’autre côté de l’Atlantique, les choses se sont passées différemment, l’Etat fédéral n’éprouvant aucune difficulté, sinon politique, à augmenter son endettement, puisque les marchés continuent de lui prêter sans sourciller à moins de 2% à 10 ans. Pourtant, malgré une dette équivalant à plus de 100 % du PIB (proportion infiniment supérieure à celle de la dette de tous les pays européens, Grèce et Italie exclues), et malgré un arrosage répété du système bancaire par une Réserve fédérale qui ne lésine pas sur les moyens, l’asthénie conjoncturelle se poursuit, et le chômage se maintient au-dessus de la barre des 8%. D’où toutes les raisons de se mettre à douter de la solidité, jusqu’ici inentamée dans la psychologie des opérateurs, de la monnaie et de la capacité d’emprunt des Etats-Unis.

Un nouveau chapitre de la crise est peut-être en train de s’ouvrir.

15:23 Publié dans Dollar, Monnaie, Zone euro | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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