10/09/2012

Insaisissable marché pétrolier

Saluée mardi dernier par Pascal Couchepin dans sa chronique radiophonique hebdomadaire pour le courage dont elle vient de faire preuve en s’attaquant au marché du livre en Suisse romande, la Commission de la concurrence est invitée par le même à s’intéresser à celui des produits pétroliers.

En l’occurrence, ce ne serait pas seulement du courage qu’il lui faudrait, ni davantage de «mordant» comme le lui recommanderait dans ce cas l’ancien conseiller fédéral, mais bien plus une capacité, qu’elle n’a pas, à enquêter sur les marchés internationaux. Aucune autorité de concurrence, fût-elle américaine, n’a jamais réussi à faire tomber le cartel pétrolier mondial, d’autant moins depuis que celui-ci, au début des années 60, a glissé des mains de «majors» dans celles des pays exportateurs de pétrole.


 

La première et toute jeune Commission des cartels (Comcart), présidée alors par le bouillant Leo Schürmann, s’était bien essayée en 1965 à dénicher, dans les soupçons de pratiques cartellaires qu’elle nourrissait, les motifs pour lesquels les Raffineries du Rhône avaient été mises en difficulté juste avant d’atterrir dans le giron d’Esso : il y avait eu, dans certaines fluctuations des prix du pétrole qui étaient tombées à pic pour sceller le destin de la seule raffinerie indépendante sur sol helvétique, toutes les raisons de conclure à l’existence de manipulations de la part des grandes compagnies. Las, l’enquête menée par une sous-commission déterminée, mais assistée d’un trop maigre secrétariat (nous n’étions que trois membres), ne déboucha sur aucun résultat concret.

Le destin avorté de la raffinerie de Collombey n’était pas sans rappeler les déboires de la raffinerie de Frisia, fondée en Allemagne par Gottlieb Duttweiler quelques années auparavant, et confrontée d’emblée aux mêmes difficultés qu’elle. L’opinion d’alors était que les indépendants se heurtaient invariablement à la domination des grands groupes pétroliers internationaux. alors que l’on s’est rendu compte depuis que le vrai problème tenait à l’inadéquation entre des capacités de raffinage axées sur le traitement des huiles lourdes et un marché qui s’était déplacé vers des huiles plus légères. L’un pour autant n’exclut pas l’autre, mais, encore une fois, comment imaginer que nos gendarmes de la concurrence puissent réussir là où tous les autres ont échoué ?

La Comco est plus forte que la Comcart, ses moyens légaux sont sans commune mesure. Mais cinquante ans de lutte contre les cartels n’ont pas changé grand chose au fait que la Suisse reste un îlot de vie chère.

17:12 Publié dans Concurrence, Multinationales | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

Les commentaires sont fermés.