03/09/2012

Croissance, relance: il n’y a pas de politique gratuite

Toutes-puissantes en matière monétaire (on l’a vu la semaine dernière), les banques centrales n’ont pas pour autant le pouvoir d’influencer à leur guise la conjoncture. Ainsi, malgré le maintien de taux d’intérêt proches de zéro depuis plus de quatre ans et des opérations répétées de «quantitative easing», la Réserve fédérale américaine ne réussit pas à relancer franchement l’activité économique aux Etats-Unis, qui se traîne à des niveaux ne permettant pas de réduire le chômage, toujours supérieur à 8% de la population active, ce qui est un taux particulièrement élevé pour ce pays, puisqu’il n’a été atteint qu’une seule fois depuis 1948 (lors de la courte récession de 1982).


A cela, plusieurs raisons.


D’abord, on sait depuis au moins Milton Friedman que si la politique monétaire est susceptible d’influencer à court terme le niveau de la production et du revenu, elle n’agit, à long terme, que sur le niveau général des prix. Ce risque d’inflation fonde la plupart des critiques adressées aujourd’hui, y compris en Suisse, aux politiques d’émission quasi illimitée de monnaie: dans la situation actuelle, ce serait certes le risque de déflation qui l’emporterait, mais, sauf à réussir à réduire précocement la quantité de monnaie en circulation, la Banque nationale préparerait, craignent les pessimistes, une forte vague d’inflation pour le futur.


Des taux d’intérêt extrêmement bas engendrent par ailleurs des distorsions économiques importantes. La plus évidente est celle qui touche le marché immobilier et le menace d’emballement: plus les taux sont bas, plus la valeur des biens qui y sont échangés augmente. Parce que la demande s’en trouve stimulée, mais aussi parce que le mode de calcul de cette valeur (le taux de capitalisation appliqué) en induit mécaniquement la hausse. Ce phénomène affecte d’ailleurs toutes les classes d’actifs, y compris et surtout les valeurs mobilières, et occasionne en retour de sérieuses difficultés pour les institutions dont la rentabilité, ou la capacité à dégager des revenus, se trouve affectée (caisses de retraite, compagnies d’assurances).


Enfin, de bas taux d’intérêt rendent la vie difficile aux banques, qui ne réussissent plus à dégager des marges d’intérêt suffisantes, et sont du même coup incitées à prendre plus de risques pour atteindre leurs objectifs de rendement. Ou se bornent, comble du paradoxe, à se refinancer à bon compte (savoir à des taux proches de zéro) auprès de la Banque centrale pour acheter des obligations d’Etat au lieu de prêter aux entreprises, alors que c’est précisément dans ce dernier but que l’autorité monétaire maintient les taux d’intérêt au plancher.


Le maniement des instruments de politique monétaire n’a donc rien d’innocent, et leur efficacité n’est pas gratuite. Les banquiers centraux le savent bien, qui se livrent inlassablement à une soigneuse pesée d’intérêts et réfléchissent sans doute en ce moment à la meilleure façon de procéder lorsqu’il s’agira pour eux de faire remonter les taux d’intérêt sans susciter du même coup une levée de boucliers…

16:16 Publié dans Banques centrales, Croissance | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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