27/08/2012

Retour aux sources de la monnaie

Plusieurs lecteurs sont perturbés par l’idée que les banques centrales puissent créer «ex nihilo» de la monnaie par dizaines de milliards. N’y a-t-il pas là un risque de dérapage incontrôlé et un grave danger pour l’économie? Quelques rappels tout d’abord.

Depuis que, il y a fort longtemps, les monnaies marchandises puis les monnaies métalliques (l’argent, l’or) ont été remplacées par la monnaie fiduciaire (dont la valeur repose sur la seule confiance), les banques centrales, qui en ont le monopole de l’émission, peuvent effectivement en créer sans limites. Ce qui ne signifie pas qu’elles le fassent «ex nihilo», en ce sens que cette émission a toujours lieu en contrepartie de l’achat d’un actif qui peut être, par exemple, de l’or, des devises étrangères (euro, dollar, etc.), des titres (obligations, actions) étrangers ou domestiques, ou tout simplement l’inscription de créances (résultant de contrats de swap, de pensions de titres, etc.).


Cette monnaie fiduciaire, composée de billets et de pièces (le «numéraire en circulation»), mais aussi et surtout des sommes portées au crédit des comptes que les banques détiennent auprès de la banque centrale (leurs avoirs en «comptes de virement», dont les banques peuvent à tout moment, selon les besoins de leur clientèle, obtenir la conversion en billets) apparaît au passif du bilan de la banque centrale, où elle forme la base monétaire, ou ce qu’on appelle, dans le jargon de la BNS, la «monnaie centrale» (base à partir de laquelle l’ensemble des banques, en accordant des crédits au public et aux entreprises, engendrent une multiplication des dépôts qui forment une masse de monnaie scripturale représentant jusqu’à quinze ou seize fois – en Suisse – voire davantage la quantité de monnaie centrale).

Le numéraire en circulation et les comptes de virement des banques ne sont en somme rien d’autre que des reconnaissances de dette de la banque centrale, dont autrefois les porteurs (le public, les banques) pouvaient obtenir le remboursement en or ou dans les autres actifs en paiement desquels elles avaient été émises. Aujourd’hui, cette convertibilité de la monnaie fiduciaire n’existe plus, la monnaie émise par la banque centrale ayant cours légal (c’est-à-dire que personne ne peut la refuser en paiement).

D’où, effectivement, le risque que la banque centrale émette trop de monnaie, et provoque par là même de l’inflation. Risque qui cependant a toujours existé, même au temps de l’étalon-or (puisque les pays qui présentaient durablement un solde excédentaire de leur balance des paiements subissaient de ce seul fait un afflux continu de métal), mais qui bien sûr a pris depuis lors d’autres proportions, puisque les banques centrales, on vient de le voir, ne se heurtent plus à aucune limite physique.

D’où toute l’importance du respect des missions qui leur sont imparties, à commencer par celle de veiller au maintien de la stabilité des prix. Ce qui ne signifie pas seulement éviter l’inflation, mais aussi lutter cas échéant contre le risque de déflation, au cœur du débat actuel.

 

17:42 Publié dans Banques centrales, Monnaie | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | |

Commentaires

Question réthorique, pour une Europe à Euros où à part certains comme la Grande-Bretagne, aucun gouvernement ne peut dévaluer
obligeant la BNS à rachats d'Euros par Mios de CHF pour stabilisation du CHF/Eu

question cruciale où la valeur de l'Euro n'a pas la même valeur en Grèce, au Portugal, en Allemagne, en Hollande, en France
tandis qu'aucun de ces pays ne peut dévaluer
tandis que chacun de ces pays vit son inflation
et la fait payer à...

la BNS ?

Écrit par : Pierre à feu | 27/08/2012

dans un monde où la monnaie-papier n'est plus garantie par l'or,
ni par ?,

il est clair que s'installe l'angoisse de la valeur monnaie-pierre. ou monnaie-temps. ou monnaie-pays. ou monnaie-qui ne correspond plus à rien du tout.

Je ne sais pas vous, mais mes ancêtres ont travaillé pour leur famille, pour leurs descendants, comme le faisaient leurs ancêtres pour eux. puis vint le temps où l'aîné devait partir faire à son tour preuve de ses savoirs, entreprendre, tout en laissant le patrimoine accumulé aux plus jeunes. C'est ainsi que des générations de suisses ont été entrepreneurs, bâtisseurs, fromagers, etc, s'expatriant avec leurs savoirs pour à leur tour, en ces pays lointains comme les US, l'Australie, etc, développer des stés, employant et formant des employés, du monde dans ces nouveaux mondes.

Sauf que pour eux, l'argent avait valeur, correspondant à leur savoir-faire.

Sauf que ces savoir-faire, ces patrimoines cumulés ont abouti à ce qu'est devenu la Suisse
Juste un retour sur les bases

Écrit par : Pierre à feu | 27/08/2012

"D’où, effectivement, le risque que la banque centrale émette trop de monnaie, et provoque par là même de l’inflation."

Ce risque n'existe que lorsque la monnaie est émise contre des actifs de mauvaise qualité (à des valeurs artificiellement gonflées). L'achat ou l'escompte d'actifs de qualité à la valeur du marché n'entraîne aucune inflation, du moment que ces actifs sont retirés de la circulation, donc que le pouvoir d'achat global reste stable.

"Risque qui cependant a toujours existé, même au temps de l’étalon-or (puisque les pays qui présentaient durablement un solde excédentaire de leur balance des paiements subissaient de ce seul fait un afflux continu de métal)"

Le métal (précieux) représentant de la richesse, il n'y a aucune inflation, la richesse augmentant parallèlement au pouvoir d'achat.

Écrit par : Larry | 27/08/2012

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