20/08/2012

Marchés du livre, du logement, de la santé: où est la concurrence?

On peut comprendre l'effroi des libraires à la perspective d'une remise en cause de l'ordre cartellaire régnant sur le marché du livre en Suisse romande. Car si les conclusions auxquelles la Commission de la concurrence est parvenue à l'issue de son enquête sont confirmées, et tout porte à le penser, les sanctions pécuniaires qui frapperont les diffuseurs coupables d'entraves illicites à la concurrence aboutiront probablement au retrait de certains d'entre eux du marché, et surtout à la disparition d'un système tarifaire qui garantissait une marge suffisante aux revendeurs, ce qui est bien, mais maintenait des prix de détail infiniment plus élevés qu'à l'étranger, ce qui l'est beaucoup moins.


Comme tout cartel, celui des diffuseurs romands invoque moult arguments pour justifier son existence, à commencer par celui qui voudrait que le marché du livre, ce «bien culturel», ne soit pas un marché comme les autres, autrement dit que le prix n'y jouerait pas le même rôle, que le maintien des structures existantes permettrait de sauvegarder un réseau de librairies aussi dense que possible, qu'il assurerait un approvisionnement efficace de celles-ci, et ainsi de suite.

De même, dans un autre registre, le régime des prix imposés des spécialités pharmaceutiques devrait-il protéger le consommateur contre les risques de surconsommation, et accessoirement rémunérer le pharmacien pour son activité de conseil, tout comme, à l'autre bout de l'éventail des services, les conventions bancaires, dont la Commission obtint l'abrogation dans les années 90, fixaient des tarifs uniformes censés assurer la transparence au bénéfice de la clientèle des banques, et accessoirement permettre aux banques régionales de subsister...

De même encore, le marché du logement ou celui de la santé, sans parler de ceux du lait, du blé, des fruits et légumes de saison, ne seraient pas non plus comme les autres, et justifieraient qu'on les soustraie à la concurrence ou les protège d'importations à bas prix.

De même, enfin, les accords verticaux entre fournisseurs et revendeurs (de véhicules, d'appareils photographiques, de cosmétiques et j'en passe) auraient toute leur raison d'être pour des motifs d'ordre, de sécurité, d'efficience, etc.

Bref, la concurrence n'est décidément pas encore en odeur de sainteté dans ce pays, où pourtant les acheteurs finaux se plaignent à juste titre de devoir payer des prix incomparablement plus élevés qu'ailleurs. Plus ennuyeux encore, le «maintien des structures» comme on dit en français fédéral, cette autre conséquence de l'ordre cartellaire, est l'un des freins les plus redoutables au dynamisme économique, dynamisme que l'on prétend par ailleurs favoriser.

Que d'incohérences !

Marian Stepczynski

 

 

16:20 Publié dans Concurrence | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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