02/07/2012

Fonds souverain: comment utiliser les milliards de la BNS

De fausses bonnes idées ont parfois la vie dure. Cela tient peut-être au fait qu'elles ne sont pas si fausses que cela. Ainsi en va-t-il de l'idée de créer, en Suisse, un «fonds souverain» alimenté par les centaines de milliards de devises que la Banque nationale accumule dans la défense d'un cours plancher pour le franc.

L'erreur fatale, argumentent les adversaires du projet, consiste à interférer avec la politique monétaire de la BNS, qui doit rester indépendante. Les euros et autres dollars amassés ces derniers mois à la faveur de la crise de la zone euro disparaîtront tout aussi rapidement lorsque, les choses étant revenues à la normale, notre banque centrale pourra s'en débarrasser.


En ce sens, les réserves de devises de la BNS n'ont rien à voir avec celles que des pays exportateurs de pétrole, tels la Norvège ou le Koweït, ont pu constituer. D'ailleurs, ajoute le directoire de la BNS tout aussi opposé à l'idée, la gestion des réserves monétaires nécessite de pouvoir agir à très court terme, ce qu'un fonds souverain, placé à long terme en participations et investissements directs, ne permettrait pas.

Il reste cependant, nonobstant ces objections et critiques, un fond de vérité dans l'idée que la Suisse dégage de ses excédents persistants de balance des paiements un volant appréciable de moyens qui finissent aujourd'hui dans les coffres de la BNS alors qu'ils pourraient être mieux utilisés.

Si la BNS n'intervenait pas sur le marché des changes, ces excédents se traduiraient par une hausse de la valeur du franc, dont les exportateurs souffriraient certes, mais qui signifierait pour l'ensemble du pays un enrichissement sous la forme d'une amélioration des termes de l'échange. La stabilisation du cours du franc, qui nous prive de ce gain de pouvoir d'achat sur l'étranger, engendre en contrepartie un stock de devises qui n'est donc pas sans signification réelle. Pourquoi, alors, ne pas en tirer parti sous une forme plus intelligente que la distribution occasionnelle du bénéfice comptable de la BNS aux cantons et à la Confédération, cette forme pouvant revêtir celle, précisément, d'un fonds souverain ?

Avenir Suisse, la tête pensante du capitalisme helvétique, ajuste l'idée à ses canons doctrinaux en suggérant la création d'un fonds non point souverain mais privé, alimenté par les caisses de pensions. D'autres esprits fertiles, également opposés à toute forme de capitalisme d'Etat, proposent des modes plus indirects de soutien à l'investissement privé dans la zone euro et pourquoi pas dans les pays émergents, porteurs de croissance et de rendements bien supérieurs à ceux que dégagent nos économies vieillissantes.

On le voit, une fausse bonne idée peut parfaitement déboucher sur une série de variantes qui en reprennent l'essentiel - comment mobiliser un stock d'épargne nationale aujourd'hui incomplètement utilisé - pour avancer des manières plus audacieuses d'assurer, dans la durée, le maintien de la prospérité helvétique.

 

 

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Commentaires

Je tenais à faire remarquer par cette remarque que je suis content de la qualité de ce site. Merci à vous! ça motive beaucoup!

Écrit par : assurances expatriés | 03/07/2012

les fausses bonnes idées ont la vie dure,cette phrase fait plaisir à lire et prouve que financièrement tout ce qui est ancien est durable n'en déplaise à tous ceux qui ne savent que borboter ce mot à toutes les conjugaisons ignorant même ce que ce mot à lui seul signifie.
Cette idée pourrait faire son chemin,enfin une lueur d'espoir dans un monde qui n'en fini pas de réformer à qui mieux mieux sans prendre la responsabilité de s'inquiéter outre mesure de savoir vraiment ce qu'en pense l'humain en premier qui n' a pas à jouer le rôle de robot,même la Chine se rend compte peu à peu des erreurs au nom de la délocalisation mais bien entendu après ,quand le mal est fait au nom de pleurs dans bien des ménages et de divorces. Il est temps enfin que l'Europe redescende sur terre et que chaque peuple puisse vivre selon sa propre destinée .Bruxelle non plus ne possède pas que je sache le monopole de décider ce qui est bon ou pas pour chacun d'entre nous

Écrit par : lovsmeralda | 06/07/2012

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