25/06/2012

Union bancaire: vices et vertus

Sur le front européen, les lignes bougent. Imperceptiblement, mais elles bougent. L'idée de mutualiser sinon les dettes du moins les crédits destinés à les financer avance, sous la pression des partenaires de l'Allemagne qui résiste, mais plus mollement.

Il se peut aussi que le dernier examen annuel de la zone euro par le FMI ait joué un rôle. Le Fonds y appelle en effet à la réalisation rapide d'une «union bancaire» et à un financement direct des banques étranglées, en échange d'une surveillance commune. Ce sont là, quoi qu'on en pense, des progrès importants.

Reste, justement, ce «Knacknuss», ce casse-tête mi-politique, mi-constitutionnel allemand qui fait encore obstacle à la percée décisive. Le gouvernement de Mme Merkel continue à exiger avant toute concession en matière financière des efforts supplémentaires de la part des pays appelant au secours.


Il se peut cependant que l'argument du coût effectif des aides accordées à la Grèce et, désormais, à l'Espagne finisse par tomber de lui-même lorsque l'on aura enfin admis, à Berlin comme dans les autres capitales rétives, qu'à la perte des uns correspond, symétriquement, le gain des autres, ainsi qu'il a déjà été maintes fois expliqué ici.

Résumons. L'impossibilité dans laquelle se trouvent les débiteurs souverains d'honorer leur dette depuis que les taux sur celle-ci sont montés à des niveaux exorbitants a pour contrepartie directe la facilité avec laquelle les créanciers souverains peuvent lever des capitaux à des taux ridiculement bas. Quand l'Espagne doit emprunter à des taux de l'ordre de 6,6% à 10 ans, l'Allemagne peut emprunter à moins de 1% pour la même échéance.

Juste avant la crise, les taux moyens à 10 ans étaient encore, pour tous, voisins de 4% (en 2007, la Grèce empruntait à 4,29%, l'Espagne à 4,07, l'Irlande à 4,04%, l'Allemagne à 4,02%...). Le Sud paie certes son manque de discipline passé, mais l'Allemagne encaisse pour sa vertu une prime qui lui est littéralement tombée du ciel. Cette prime est même tellement généreuse qu'en fait, selon des calculs d'experts repris par Les Echos, elle couvre complètement les aides soi-disant à charge du contribuable allemand.

Même la France, qui n'est pourtant pas un parangon de sagesse budgétaire, aurait selon ces mêmes calculs déjà récupéré près de 80% de son aide à la Grèce, puisque le taux auquel elle peut refinancer à long terme ses quelque 2000 milliards d'euros de dette publique est passé de 2,91% en 2009 à 1,97% cette année.

(NB : la Suisse, pays refuge pour les capitaux, est, pour les mêmes raisons ou à peu près, en mesure à la fois de se financer à quasi 0% et tenir un cours plancher pour sa monnaie, sans pour autant ni craindre l'inflation ni, dans sa posture de «passager clandestin» de toujours de l'Union européenne, devoir se solidariser avec elle)

Il y a donc, pour les pays de la zone euro, nature à partager les joies et les peines, sans bien sûr renoncer à l'effort de tous pour atteindre à terme ce que les économistes appellent l'équilibre budgétaire de plein emploi.

Continuer de s'y refuser, et donc accepter l'éclatement de la zone euro, serait tout bonnement suicidaire, comme l'admet un rapport interne du ministère allemand des finances. Rapport que ce dernier a tenté en vain, de maintenir secret.

Marian Stepczynski

 

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