04/06/2012

Banque nationale aux soins attentifs

Applaudie lorsque, au plus fort de la crise de la dette souveraine, elle avait annoncé le 6 septembre dernier la fixation d'un cours plancher pour l'euro, la Banque nationale suisse est à nouveau l'objet de fortes pressions de la part de ceux, plus ou moins bien intentionnés, qui prédisent l'échec prochain de sa stratégie. En cause, naturellement, la croissance explosive de son bilan, traduction  comptable de l'expansion considérable de la quantité de francs créée en contrepartie de ses interventions illimitées en faveur de l'euro.


Il ne pourra qu'en résulter, disent ses détracteurs, une poussée d'inflation, et assurément de lourdes pertes qui fragilisent d'ores et déjà son bilan et obligeront ses principaux propriétaires, les cantons, à reconstituer son capital aux frais du contribuable, au lien qu'ils en retirent les justes et légitimes bénéfices de seigneuriage qui leur reviennent de droit depuis au moins la convention passée en novembre 2011 entre elle et le Département fédéral des finances. Au minimum, viennent de suggérer les parlementaires de l'UDC, la BNS devrait pour limiter les risques remplacer sa montagne d'euros par des placements en actifs réels aux quatre coins du monde, à l'exemple de ce que fait la Chine.

Le débat s'annonce animé aux Chambres, et le directoire de la BNS n'aura pas de trop de tout son talent pour convaincre les députés que rien n'est plus précieux que l'indépendance de la banque centrale, a fortiori dans les périodes où tant de gens lui veulent du bien.

Le risque d'inflation est la seule menace véritable qu'une politique de change fixe calée sur un taux inférieur à celui qui s'établirait librement sur le marché fait courir à la Suisse. On ne triple pas impunément la quantité de monnaie sans que, un jour ou l'autre, l'ajustement global s'effectue par les prix. Mais, comme la rappelé jeudi dernier à Genève, lors de la 14e Journée Solutions Bancaires, son vice-président Jean-Pierre Danthine, le directoire de la BNS continue d'estimer que la menace actuelle demeure celle de la déflation. Autrement dit, le franc est encore surévalué même s'il l'est moins qu'hier, et bien que cette surévaluation tende peu à peu à s'estomper dans la mesure où le taux de renchérissement en Europe dépasse celui de la Suisse, cette surévaluation écarte le danger d'inflation pour un bon bout de temps encore (à quoi on pourrait ajouter qu'une bonne partie des francs dans lesquels se réfugient les capitaux étrangers sont détenus à des fins de thésaurisation dans des dépôts bancaires hors de Suisse, donc peu susceptibles d'animer une demande inflationniste).

Quant aux pertes comptables de la BNS, elles ont aussi peu de signification réelle que ses bénéfices, dont il a souvent été argué ici que leur distribution n'avait aucun sens économique. Une banque centrale n'est pas une entreprise destinée à créer de la valeur ajoutée, mais une institution d'intérêt public ayant pour seule mission d'assurer la stabilité monétaire et financière.

Marian Stepczynski

 

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Commentaires

Merci pour ce billet très instructif !

Cordialement !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 04/06/2012

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