21/05/2012

Les clics de souris des Grecs apeurés

Il y a milliards et milliards. Ceux qui s'évaporent d'un clic de souris par la faute d'un trader londonien ou suite aux paris perdus de JPMorgan Chase. Puis il y a ceux que les Grecs apeurés par la crise retirent précipitamment de leurs comptes. Et il y a, enfin, les milliards bien moins nombreux qu'engloutit le percement du Gothard ou, plus localement encore, que coûtera au final la mise en chantier tant attendue du CEVA. Ces petits milliards-là nous parlent davantage, car ils sont concrets. Ils représentent la rémunération des années d'effort consenties par des armées de travailleurs.

Alors, qu'y a-t-il de commun entre les dizaines de milliards gagnés puis perdus par les banques, les centaines de milliards dus par la Grèce, et les un ou quelques milliards des chantiers du siècle ?


Ce sont bel et bien les mêmes unités de monnaie, parfaitement fongibles, qui sont à chaque fois en cause. Et pourtant les conséquences de leur présence ou de leur absence ne sont pas les mêmes. La banque délestée d'une fraction de son bénéfice annuel ou dans le pire des cas de tout ou partie de ses fonds propres se refera une beauté en quelques exercices. Tandis que le creusement des tunnels pèsera de longues années sur les comptes de nos collectivités publiques. Et que la Grèce risque de sombrer dans le chaos si elle fait défaut.

D'où ce rappel : l'argent n'est rien d'autre qu'un moyen d'échange (le travail des uns en échange du produit du travail des autres) en même temps qu'un réservoir de valeur plus ou moins étanche, vidé parfois d'un trait lorsque l'Etat en confisque le contenu, ou siphonné plus insidieusement par l'inflation.

Les Grecs sont appauvris, du moins ceux de l'intérieur, mais leur stock de capital fixe, leurs maisons, leurs chantiers navals, leur armée de travailleurs au chômage, sont toujours debout. Ce qui manque désormais au pays, c'est la capacité d'obtenir de l'extérieur ce qui, faute de moyens de paiement, lui est refusé. Les accords de clearing, forme moderne du troc, l'attendent au contour. Les créanciers de la Grèce, eux, perdront tout, puis oublieront avec le temps.

Ainsi va l'argent. Glissant d'une poche à l'autre, fuyant les paniers usés pour s'agglutiner autour des vagues promesses de Facebook, ruinant du même coup, parce que soudain jugées obsolètes, d'autres catégories d'actifs financiers. Le capitalisme n'est pas mort. Mais l'intermédiation bancaire, qui a pour fonction native d'en redistribuer la substance, marche sur la tête en coupant les crédits destinés à l'investissement productif pour mieux multiplier les paris fous et grossir jusqu'à l'absurde les bonus servis à ceux qui les prennent. Une remise en ordre finira bien par s'imposer.

 

16:53 Publié dans Dette, Zone euro | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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