07/05/2012

Les caisses de prévoyance n’ont d’autres choix que de se recapitaliser

Ma dernière chronique sur l'insuffisant degré de couverture des caisses de pensions m'a valu une volée de bois vert et quelques insultes de la part des défenseurs de l'idée, encore assez répandue chez certains nostalgiques de l'Etat-providence, selon laquelle une capitalisation partielle même très inférieure aux 80% exigés par la Confédération n'aurait rien à se reprocher dans le cas des caisses publiques, vu le caractère pérenne dudit Etat qui leur accorde sa garantie.


Le fait est pourtant - comme l'avait déjà relevé en 2006, dans son rapport final, la Commission d'experts «Financement des institutions de prévoyance de droit public» mandatée par le Conseil fédéral - que celles de ces caisses dont le financement est mixte (capitalisation et répartition) n'échappent pas aux risques liés à l'usage de taux trop élevés pour l'estimation de la valeur actuelle de leurs engagements futurs. Et ces risques sont d'autant plus grands que la part de leur financement en capitalisation est faible.

Le hasard, qui fait parfois bien les choses, veut que The Economist aborde cette même question dans sa dernière livraison, et aboutisse à peu près aux mêmes conclusions s'agissant non pas, bien sûr, de nos caisses publiques en général et genevoises en particulier, mais des fonds de pensions britanniques. Ce qui n'enlève rien à leur pertinence pour le sujet qui nous occupe.

L'hebdomadaire note en effet que le très bas niveau des taux d'intérêt encouragé par les Etats et maintenu par les banques centrales afin de relancer la consommation et l'activité économique dans son ensemble entre en collision frontale avec les objectifs de prévoyance, qui présupposent au contraire, vu l'état assez délabré des finances des caisses de pensions, un effort accru d'épargne et, surtout, des taux d'intérêt bien plus élevés que ceux que dégagent aujourd'hui les marchés financiers. Faute de quoi les cotisations nécessaires à l'obtention d'un niveau de rente donné finiront par absorber une part insupportable des salaires de référence. Ou, ce qui revient au même, les taux actuels de cotisation ne permettront - toujours dans ces conditions de bas taux d'intérêt - de financer que des rentes misérablement faibles.

Bouclons donc la boucle : étant donné, faute d'espoir de reprise rapide de la croissance, qu'il y a peu de chances que les rendements financiers se redressent avant longtemps, les institutions publiques de prévoyance en situation de sous-couverture n'ont d'autre choix que de se recapitaliser, et le plus vite sera le mieux.

 

15:54 Publié dans Croissance, Financement des retraites | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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