02/04/2012

l'euro à 1,40? Prêchi-prêcha monétaire

franc 1.jpgImaginons un instant les socialistes, qui entendent réindustrialiser la Suisse, aux commandes de la politique monétaire et ordonnant à la Banque nationale de porter le cours plancher du franc à «au moins» Fr. 1.40 pour un euro. Comment les choses se passeraient-elles ?

Etant donné que la BNS a la capacité de créer autant de francs qu'elle le souhaite, il n'y a théoriquement aucune limite à ses interventions sur le marché des changes; elle paierait, tout simplement, ses achats de devises en faisant tourner la planche à billets. C'est d'ailleurs là, vraisemblablement, le principal levier auquel songe le PS.


Afin, ensuite, d'éviter qu'il ne résulte de ces achats illimités de devises un grossissement démesuré de la masse monétaire et une poussée dès lors inévitable de l'inflation, il suffirait, deuxième argument probable du PS, que la Banque nationale «stérilise» les liquidités ainsi créées, en vendant les créances qu'elle détient sur l'économie domestique. Vendre des titres signifie en effet retirer des francs de la circulation monétaire, autrement dit les «détruire».

Cependant cette deuxième parade n'est pas, même en théorie, indéfiniment praticable. Les créances inscrites à l'actif du bilan de la BNS, qu'elles résultent d'achats ou de «pensions» de titres (les «Repo», version francisée des «Repurchase Agreements» américains), n'atteignent même pas 30 milliards. Avec ça, on ne va pas très loin, face à des transactions francs contre devises qui frisent les 5 à 6% d'un total quotidien d'opérations de change estimé à quelque 4500 milliards par la Banque des Règlements Internationaux.

Compte tenu de pareils ordres de grandeur, la BNS se verrait vite débordée dès l'instant où les marchés se mettraient à «jouer» le franc à la hausse. Non seulement elle ne pourrait plus stériliser le moindre franc, mais son bilan atteindrait rapidement des dimensions face auxquelles les 40 milliards supplémentaires comptabilisés entre février et juin 2009, voire les 150 milliards encaissés pour la même période l'année suivante (ceux-là mêmes qui ont occasionné les 26 milliards de pertes de change dénoncés par Attac Suisse d'un côté et l'UDC de l'autre), ne seraient que roupie de sansonnet.

Il n'est pas exclu que le jour, sans doute lointain, où la zone euro aura réussi à s'extirper de la crise de la dette, les capitaux ayant cherché refuge en Suisse refluent vers leurs ports d'attache respectifs et que le franc, aujourd'hui surévalué, retrouve un cours plus conforme à son pouvoir d'achat effectif. Mais rien, pour l'heure, n'indique que les marchés soient prêts à considérer Fr. 1.40 pour un euro comme un cours d'équilibre. Depuis décembre, la monnaie unique n'a plus jamais dépassé Fr. 1.23. Elle peine même, depuis janvier, à décoller du plancher absolu de Fr. 1.20 fixé par la BNS. Ce qui est un signe.

 

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Commentaires

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Écrit par : moving services | 15/04/2012

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