26/03/2012

Travail contre capital ? Non, jeunes contre vieux !

L'assainissement des grandes caisses publiques genevoises, CEH et CIA, fusionnées pour éviter à la plus éclopée des deux de devoir recourir à des mesures plus douloureuses encore, renvoie à l'éternel débat sur les conséquences réelles ou supposées du vieillissement. On connaît la chanson: afin de maintenir des droits acquis (comme si, en la matière, on pouvait faire abstraction de la démographie et, accessoirement, de l'évolution économique), les opposants à toute réforme sérieuse de la prévoyance contestent la nécessité d'un effort supplémentaire d'épargne et s'arc-boutent aux taux actuariels actuels (taux technique, taux de conversion) dont chacun sait ou devrait savoir qu'ils ne correspondent plus à rien.

Pour rappel, un taux technique de 4%, même ramené à 3,5%, alors que les rendements sans risque de placements à 30 ans s'approchent péniblement de 1,5%, permet de se contenter théoriquement d'une accumulation de capitaux bien inférieure à celle qui serait nécessaire pour garantir les rentes promises.


Or, comme le relève le rapport du Conseil fédéral sur l'avenir du 2ème pilier (mis en « audition » jusqu'au 30 avril prochain), ce taux technique doit rester inférieur d'au moins 0,5% au rendement effectif des placements. Faites vos comptes: même en diversifiant la fortune d'une caisse en direction de placements en actions y compris étrangères ou d'instruments alternatifs, il est désormais hors de portée des marchés financiers d'assurer durablement un rendement net égal ou supérieur à 4%. La crise, la mondialisation et le désendettement ont passé par là.

Qui plus est, les tenants du statu quo sont les mêmes que ceux qui réclament un autre partage entre travail et capital. Autrement dit et en clair: plus pour les salaires, et moins pour les actionnaires. Ignorent-ils donc que ces actionnaires sont, pour une bonne et sans doute croissante partie, rien d'autre que les caisses de retraite et autres structures (fonds de placement, assurances) de collecte des épargnes des salariés, chargées précisément de viser les rendements nécessaires au financement des retraites ?

Quelques chiffres pour fixer les idées : près du tiers des mille milliards de fortune des assurances et caisses de pensions helvétiques sont placés en actions ou valeurs similaires; une proportion vraisemblablement égale de la quarantaine de milliards d'avoirs de la prévoyance liée (3ème pilier A) prennent le même chemin ; un bon quart des quelque 500 milliards de fortune des fonds distribués en Suisse et détenus à des fins d'épargne sont eux aussi placés en actions...

Bref, réduire la part des dividendes pour augmenter celle des salaires reviendrait, au bout du compte, à compromettre la prévoyance. Ce ne serait plus, en somme, opposer travail et capital, mais dresser les jeunes contre les vieux ! Triste constat.

 

17:39 Publié dans Financement des retraites, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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