12/03/2012

Cherche tigre pour moteur

En dépit des milliards, que dis-je, des centaines de milliards injectés dans le circuit bancaire par les banques centrales pour faire repartir la machine, la croissance tarde partout à se manifester (sauf aux Etats-Unis, qui bénéficient pour l'instant et sans doute pour longtemps encore du double privilège extraordinaire de pouvoir non seulement créer de la monnaie en quantité illimitée, mais encore s'endetter sans compter tant leurs créanciers en redemandent!).

L'opération a certes permis de tirer d'affaire des banques contraintes de réduire à néant ou presque la valeur au bilan de leurs créances sur la Grèce, mais on ne décèle nulle part en Europe le premier signe d'un redressement de l'activité.


A l'intérieur de la zone euro, les crédits aux ménages et aux entreprises non bancaires ont même diminué ces derniers mois, de sorte que, comme le relève cet analyste cité par The Economist , «les banques détruisent au fur et à mesure la monnaie créée par la BCE».

Comment, en effet, expliquer autrement que malgré l'augmentation massive de la base monétaire, c'est-à-dire l'argent mis à disposition des banques par les banques centrales, la masse monétaire au sens large formée de l'ensemble des dépôts bancaires à vue et à terme du public (l'agrégat monétaire M2) ne varie pratiquement pas. C'est que les banques, par méfiance mais aussi contraintes par les règles draconiennes que leur impose Bâle III, préfèrent renforcer leur base de capital plutôt qu'ajouter de nouveaux risques à ceux qu'elles ont toutes les peines du monde à réduire.

Le sauvetage de la Grèce est ainsi et avant tout le sauvetage des banques qui lui ont fait crédit, tandis que le pays lui-même, contraint à l'austérité, s'enfonce dans une dépression qui l'éloigne chaque jour davantage de l'objectif que ses sauveteurs lui ont assigné. Le dilemme n'est pas seulement celui de la Grèce; il est celui de toute la zone et même au-delà. Quel tigre, dans ces conditions, mettre dans le moteur de l'économie mondiale?

De l'avis des pessimistes, toujours plus nombreux et bruyants, du nord du continent, les aides accordées aux débiteurs insolvables du sud ne font que repousser dans le temps une échéance devenue inévitable: la Grèce, désormais notée «C» par Moody's, a simplement le loisir d'«organiser sa faillite», comme l'écrit Le Monde .

Les bailleurs publics qui persistent à lui prêter sur le dos des contribuables seraient-ils donc complètement sourds et aveugles, ou ne vaudrait-il pas mieux imaginer après tout qu'au lieu de simplement gagner un peu de temps au risque d'en perdre, il s'agirait en vérité de «laisser du temps au temps» - pour reprendre une expression mitterrandienne qui a fait florès - et espérer qu'après avoir touché le fond, l'économie enfin repartira?

 

 

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