20/02/2012

Petite cause, grands effets

La Commission de la concurrence (COMCO) a surpris son monde en annonçant l'ouverture d'une enquête contre nos deux grandes banques et une dizaine de leurs homologues étrangères, toutes soupçonnées de s'être entendues pour influencer les taux de référence Libor (London Interbank Offered Rate) et Tibor (Tokyo Interbank Offered Rate). Une «auto-dénonciation» serait à l'origine de cette décision, ce qui en explique le caractère singulier.

Car cela fait des années que le sujet intrigue les autorités de régulation américaines, anglaises, japonaises et canadiennes, sans réellement déboucher sur des indices solides.


En 2007 par exemple, l'évolution du Libor en dollar américain avait paru suspecte à de nombreux observateurs, et l'année suivante (29 mai 2008), un article du Wall Street Journal s'était étonné du niveau anormalement bas de ce taux par rapport aux mouvements que l'on pouvait observer dans le même temps sur le marché des CDS (credit default swaps). Rien, toutefois, ne permettait d'alléguer que cet écart plus ou moins systématique résultait d'une entente entre les banques déclarantes. Tout au plus pouvait-on supposer que certaines d'entre elles annonçaient des taux inférieurs à la réalité afin de ne pas laisser apparaître leurs besoins effectifs de liquidités.

Pousser plus avant les investigations reviendra à décortiquer la façon assez déconcertante dont se déterminent les taux Libor. La procédure établie par la British Bankers Association fait en effet penser au fonctionnement très «british» d'un club de gentlemen banquiers annonçant chacun quotidiennement avant 11 heures du matin le taux le plus bas auquel ils seraient en mesure d'emprunter un certain montant dans une certaine monnaie pour une échéance donnée...

Rien par conséquent de tout cela n'apparaît très rigoureux ni solidement documenté, et fait plutôt penser au fixing du cours de l'or à Londres au début des années 70. Trop peu d'acteurs (une vingtaine de banques), trop d'impondérables, trop de biais psychologiques interviennent dans la détermination d'un taux de référence dont tant d'éléments cruciaux dépendent.

On estime ainsi à plus de dix mille milliards de dollars le total des crédits, hypothèques et autres obligations à taux variable à travers le monde liés au Libor, sur lequel reposeraient encore quelque 350 mille milliards de dollars de swaps de taux d'intérêt. Et surtout, le Libor sert aujourd'hui de point de référence pour de nombreuses banques centrales. C'est ainsi que la Banque nationale suisse resserre ou détend son dispositif en fixant une marge de fluctuation autour du Libor à trois mois en francs.

De sorte que si ce taux de référence est manipulé, c'est toute la conduite de la politique monétaire qui se trouve mise en cause.

 

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