13/02/2012

Holà ! A quoi jouent nos banques,

Holà ! A quoi jouent nos banques, y compris les grandes ou du moins l'une d'elles ? A la manière des opérateurs de téléphonie proposant des smartphones à 1 fr., les voilà qui lancent à grands renforts de publicité des hypothèques à 1% ! Ces prix d'appel, aussi séduisants les uns que les autres, n'entraînent évidemment pas les mêmes engagements pour le futur. Il n'est pas question dans ces offres-là de forfaits de communication en réalité prohibitifs pour les petits budgets, mais de combinaisons de dettes bâties sur le Libor (taux auquel un échantillon de banques présentes sur la place londonienne se prêtent mutuellement leurs excédents de trésorerie), en ce moment proche de zéro certes, mais destiné à remonter tôt ou tard, lorsque les banques centrales, qui ont inondé le marché monétaire de liquidités aux fins que l'on sait, s'emploieront à en reprendre la maîtrise.


La Suisse n'est pas le seul pays à céder ainsi aux délices de l'argent quasi gratuit. Mais elle est l'un de ceux où les risques liés à un endettement à grande échelle grossissent le plus rapidement. En à peine 10 ans, les emprunts hypothécaires des ménages helvétiques ont augmenté de plus de 50%, au point de friser désormais les 115% du produit intérieur brut. Chaque année, ce ne sont pas moins de 20 milliards supplémentaires qui sont venus s'ajouter à un stock de dettes hypothécaires que l'on peut évaluer aujourd'hui à quelque 660 milliards de francs.

En regard de cet endettement colossal, il y a bien sûr un stock d'actifs immobiliers non négligeable lui non plus, dont la valeur estimée par l'OCDE représente quelque 250% du PIB. Mais cette valeur monte trop vite. Après leur dégringolade (-30%) consécutive à l'éclatement de la bulle immobilière en 1990, les prix réels du logement ont pratiquement retrouvé leur niveau d'alors, et nombreux sont les analystes qui redoutent la formation d'une nouvelle bulle.

Ces analystes ont de bonnes raisons de s'inquiéter. Car non seulement le niveau extraordinairement bas des taux hypothécaires incite de nombreux ménages à s'endetter au-delà de ce qu'ils pourront effectivement assumer lorsque ces taux auront regagné leur moyenne «historique», mais encore il pousse vers le haut les prix des logements offerts à la vente en stimulant la demande, tout en gonflant artificiellement la valeur du stock de logements existants, qui baissera mécaniquement lorsque les taux remonteront.

C'est d'ailleurs tout le dilemme de la Banque nationale. Alors que le seul moyen de freiner la surchauffe immobilière consisterait à faire monter les taux d'intérêt, la défense du franc et le soutien de la conjoncture intérieure commandent au contraire de les maintenir aussi bas que possible. Pour l'instant.

Marian Stepczynski

 

17:40 Publié dans Dette | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook | | |

Commentaires

Bonsoir Monsieur,

J'ai lu votre billet avec beaucoup d'intérêt et pris connaissance avec stupéfaction des chiffres que vous citez, notamment le montant des dettes hypothécaires des ménages suisses qui atteignent aujourd'hui 115% du PIB du pays. C'est vraiment impressionnant.

Vous faites part de l'inquiétude des spécialistes qui redoutent une nouvelle bulle immobilière et vous parlez du dilemme devant lequel est placé la Banque nationale qui ne peut faire monter le taux d'intérêt sous peine de plomber la conjoncture intérieure.
Toutefois, n'y aurait-il pas un autre moyen de freiner cette escalade d'endettement effréné en exigeant des apports de fonds propres plus élevés de la part des emprunteurs, que les 20% actuels du montant du bien immobilier ? Il me semble que la FINMA avait rédigé de nouvelles directives aux banques à ce sujet, il y a de cela plus d'une année déjà ? Ces directives rappelaient les banques à leurs responsabilités et leur demandaient d'être plus exigeantes et rigoureuses avant d'accorder des prêts. Ces directives de la FINMA sont-elles suivies d'effets, ou sont-elles inefficaces ?

Par ailleurs, l'initiative sur l'épargne-logement, sur laquelle nous sommes appelés à voter le 11 mars prochain, aggravera encore la situation si d'aventure elle était acceptée.

Merci de votre billet très intéressant.

Cordialement !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 13/02/2012

Quelle est la différence entre une chouette et un banquier?

Réponse: la chouette ne vole que la nuit.

Écrit par : Déblogueur | 13/02/2012

Le Département fédéral des finances et la FINMA préparent un projet de modification de l'ordonnance sur les fonds propres qui obligerait notamment les banques à détenir davantage de fonds propres lorsque le montant des prêts hypothécaires accordés dépasserait 80% de la valeur de gage. L'Association Suisse des Banquiers,qui avait émis en octobre 2011 des directives en la matière à l'attention de ses membres, s'oppose pour l'instant au projet,qui comporte à son avis «des insuffisances majeures, qu’il s’agisse de leur efficacité ou de leurs coûts de mise en œuvre».
Il est un peu tôt pour juger de l'efficacité de cette mesure d'autorégulation, a fortiori pour juger de celle d'une réglementation fédérale qui n'est pas encore en vigueur.
Quant à l'initiative sur l'épargne-logement, elle est en effet par elle-même, comme toute mesure d'encouragement à la propriété, de nature à faire monter encore davantage les prix du logement, puisqu'elle ne peut que stimuler la demande. C'est un peu, appliqué au marché immobilier, le paradoxe d'Achille et la tortue...

Écrit par : Marian Stepczynski | 14/02/2012

@ Marian Stepczynski :

Merci de vos réponses !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 14/02/2012

Bonjour Monsieur !

Merci bien pour ce billet intéressant. En effet, la surchauffe de l'immobilier dans notre pays va nous mettre face à de désagréables surprises. Plus qu'une véritable bulle immobilière (car il semble que l'offre suit encore aujourd'hui toujours la demande) le risque est purement économique, en ce sens que si s'installe durablement une phase dépressive, l'impossibilité de rembourser la dette hypothécaire viendra plus des pertes d'emplois et de la pression exercée actuellement sur les salaires dans les pôles économiques comme celui l'arc Lémanique.
Pour ce qui est de l'épargne-logement (qui devrait concerner les ménages moyens), je la vois difficilement praticable dans ces régions où la croissance est biaisée et en défaveur de cette fourchette de revenus.

Salutations !

Crazyfinance

Écrit par : Antonio Pellegrino | 15/02/2012

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