30/01/2012

Wegelin racheté par Raiffeisen: Pour qui sonne le glas

wegelin racheté par Raiffeisen.jpgLe démontage de la plus ancienne banque privée de Suisse sous les coups de boutoir du fisc américain a quelque chose de terrifiant. Ne voilà-t-il pas qu'un vénérable établissement à la réputation patiemment construite se trouve réduit en quelques semaines à faire passer l'essentiel de son activité sous le contrôle inattendu d'une fédération de caisses coopératives ayant certes beaucoup grandi mais tout de même restées locales, afin que ses associés puissent consacrer tout leur temps à la résolution du litige que trois de leurs collaborateurs trop empressés ont fait naître outre-Atlantique?


La Suisse entière reste interdite devant ce coup de théâtre qui résonne comme un nouvel avertissement à l'adresse de ses banques déjà secouées par l'affaire UBS, puis par celle de Credit Suisse, et sans doute demain par le sort de la dizaine d'autres banques, y compris cantonales, qui sont dans le collimateur de l'Internal Revenue Service. Les milieux de la profession en appellent à une posture moins transigeante face aux demandes étrangères, qu'elles soient bi- ou multilatérales, d'entraide judiciaire et désormais administrative en matière fiscale. Ces milieux voient sans doute juste, car il n'y a aucune raison de céder sans rien demander en échange. Mais demander ne veut pas dire obtenir, et face aux méthodes brutales du géant américain les appels même fermes au respect du droit national ne pèsent pas lourd. D'autant que Wegelin, à travers les leçons de sagesse que son associé principal distillait dans son «commentaire d'investissement» sobrement signé K.H., n'aura pas précisément facilité la tâche de ceux qui aujourd'hui devraient la défendre.

Une issue malgré tout sera trouvée, sous la forme d'une belle amende, et l'on pourra s'en réjouir. Mais reste que la place bancaire suisse, une nouvelle fois secouée, se voit peu à peu dépouillée de ce qui faisait traditionnellement sa force. D'abord écorné, puis amoindri pour finalement être ramené à sa plus simple expression, le secret bancaire sur lequel beaucoup de banques avaient bâti leur modèle d'affaires ne compte bientôt plus que pour beurre. Or, en dehors de lui, quels avantages comparatifs garantissent-ils durablement la contribution du secteur bancaire à la prospérité helvétique ? La solidité de la monnaie ? Elle est désormais liée à l'euro. La stabilité politique ? Elle est mise à mal par l'UDC. La sécurité du droit ? Les banquiers eux-mêmes n'en sont plus convaincus. La qualité de nos infrastructures ? Les autres pays nous rattrapent. Le savoir-faire de nos salariés ? Il est exportable. Reste notre conscience professionnelle, inégalée à ce jour, mais dont les affaires récentes montrent qu'elle, aussi, est en train de s'effilocher. Too bad.

(Photo Keystone)

 

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Commentaires

On pourrait aussi voir cette débâcle sous une autre perspective. Celle de l'arrogance des banquiers suisses, qui ont toujours nié l'évidence - celle de la disparition inexorable du secret bancaire.

Wegelin n'a pas fait exception à la règle. Il suffisait de lire les dépôts de son associé senior pour s'en rendre compte. A force de prendre les autres pour des idiots ou des incompétents, on se retrouve à la place de l'arroseur arrosé.

Tant pis pour les banquiers, tant mieux pour l'industrie bancaire suisse, qui va enfin de voir démontrer ce qu'elle affirme depuis des années: qu'elle est la meilleure du monde.

Écrit par : Déblogueur | 30/01/2012

"La stabilité politique ? Elle est mise à mal par l'UDC"
Curieuse façon de cacher la poussière sous le tapis. La société suisse s'est polarisée parce que les centres gauches et droites se l'étaient partagées. A moi l'économie, à toi le socio-politique...
Marine Le Pen parle d'UMPS, nous pouvons ici parler de marigot radical/socialiste. L'afflux de populations étrangères sert leurs intérêts à tous deux. Et le fait que les villes sont maintenant en mains rose-vertes font que les entrepreneurs généralement radicaux n'ont pas intérêt à trop ouvrir leur gueule s'ils veulent encore gagner des marchés. Dégommer une offre est un jeu d'enfants et ce n'est pas aux roublards socialistes qu'on va l'apprendre.
Ce jeu a eu pour conséquence d'affaiblir fortement les radicaux et les gens qui voulaient voter à droite ont voté UDC...
Alors appeler cela déstabilisation...

Écrit par : Géo | 31/01/2012

Qu'est ce que le FISC américaine a à voir avec une banque privée de suisse? vous trouvez ça normale vous? Ça sent le coup monté comme le litige du service FBI avec le serveur de données de Megaupload qui se trouve à... Hong kong!!! Les américains veulent dominer le monde ou quoi? (à moins qu'ils n'ont déjà réussi)

Écrit par : galerie art | 10/02/2012

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