16/01/2012

La «double faute» de l'Eurozone

Dans la critique - véritable sport national pour économistes anglais et saxons - de la construction monétaire européenne, un point d'achoppement qui ne cesse de faire débat a trait à la signification, vivement débattue, qu'il convient d'attribuer aux dettes et créances qui s'accumulent dans TARGET2 (acronyme de Trans-European Automated Real-time Gross Settlement Express Transfer System), la plateforme de règlement en temps réel des soldes entre banques nationales membres du système européen de banques centrales.


La matière, strictement incompréhensible comme parfois peuvent l'être les technicités comptables, se ramène cependant à quelques évidences de base. La zone euro, quoique unique, est administrée non pas par un seul Institut d'émission comme en Suisse (la BNS), mais par autant d'instituts nationaux qu'il y a de pays membres.

Ces banques centrales nationales (la Banque de France, la Bundesbank, la Banca d'Italia, etc.) mettent en œuvre la politique décidée par la Banque centrale européenne qui les chapeaute en même temps qu'elles en sont en quelque sorte les «propriétaires». Elles ne peuvent pas faire n'importe quoi, et doivent en principe s'en tenir, par exemple, aux volumes d'émission de monnaie fixés en proportion de leurs poids respectifs (leurs parts au capital de la BCE).

Mais comme la zone est unique et que l'argent circule librement, les euros ont tendance à quitter les pays déficitaires pour entrer dans les pays excédentaires, ce qui se traduit concrètement par des virements transfrontaliers entre banques entraînant une variation de leurs besoins respectifs de liquidité, besoins auxquels les banques centrales nationales répondent en augmentant ou réduisant leurs engagements vis-à-vis de TARGET2.

Depuis la crise, les soldes de ces engagements, qui en temps normal devraient se compenser, ont pris de telles proportions que certains y voient un financement caché des balances des paiements des pays déficitaires (Grèce, Italie, Portugal, etc.) et en dénoncent le côté doublement malsain: on entretient ainsi des déséquilibres qu'il faudrait corriger, et la politique monétaire de la BCE n'a pas à s'occuper d'aide aux pays peu compétitifs du sud.

La croisade, conduite par le président de l'institut ifo de Munich, Hans-Werner Sinn, qui qualifie la chose de «stratégie secrète de renflouage menée par la BCE», n'a pas impressionné pour l'instant les dirigeants politiques de la zone. Mais elle confirme l'existence d'un malaise, et montre que la crise de l'euro ne se cantonne pas au seul problème de la dette publique. On pourrait même prétendre que le vrai problème n'est pas celui de la dette, mais bel et bien celui des déséquilibres persistants de balances des paiements, tels ceux qui avaient fini par faire sombrer le régime de Bretton Woods.

 

17:54 Publié dans Dette, Zone euro | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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