09/01/2012

Le dur métier de banquier central

hildebrand.jpgPlusieurs questions restent ouvertes depuis que Philipp Hildebrand a reconnu sa «faute» mais annoncé qu'il ne démissionnerait pas pour autant. Comment un banquier central aussi affable et sûr de lui, glissant d'une langue à d'autres avec une facilité déconcertante, rompu aux techniques financières les plus pointues tout en maîtrisant la théorie (ceux qui ont eu l'occasion de l'écouter à l'IUHEI de Genève s'en souviendront), a-t-il pu se laisser prendre au piège de personnages haineux, prêts à tout au point de violer délibérément les règles les plus élémentaires du secret bancaire ?


Outre celles qui demeurent pour l'instant dans l'ombre, les raisons d'en vouloir au patron de la BNS sont assez évidentes. Il y a d'abord les pertes infligées à celle-ci, en 2009 et 2010, par ses interventions malheureuses sur le marché des changes pour tenter une première fois d'interrompre l'ascension du franc : il en a résulté une détérioration si massive du bilan de l'Institut d'émission que la distribution de ses bénéfices à la Confédération et aux cantons en a été durablement remise en cause. Puis il y a eu la fixation du cours plancher de 1.20 franc pour 1 euro, qui cette fois-ci a sans nul doute fait perdre des sommes importantes à la grosse majorité de spéculateurs qui avaient joué la poursuite de la hausse du franc. Il y a, enfin, les jalousies et ressentiments qu'a pu susciter la montée en gloire d'un banquier venu du secteur privé (où ses connaissances et ses connexions lui ont permis à ce qu'il paraît d'amasser une jolie fortune) et qui a osé admonester les grandes banques. Dans ces cas-là, les désirs de revanche et les retours de bâton ne sont jamais très loin.
On fera remarquer que les décisions de politique monétaire ne sont, en Suisse pas plus qu'ailleurs, le fait d'un seul homme. C'est un conseil de plusieurs membres, un directoire à trois chez nous, qui tranche. Mais c'est toujours le président, Trichet et maintenant Draghi à la BCE, Bernanke à la Réserve fédérale, King à la BoE, qui porte le chapeau devant l'opinion. Obligation donc pour lui, encore plus que pour ses collègues, de faire extrêmement attention à la portée de chacun de ses actes, publics comme privés.
Comment se fait-il alors que M. Hildebrand n'ait pas pris toutes dispositions pour que ses proches, et bien sûr lui-même, demeurent en toutes circonstances irréprochables ? On se perd en conjectures, mais il semble bien que ce soit le passé de financier dans lequel il a baigné après s'y être formé dans sa première vie professionnelle qui l'a rendu familier de la prise de risque, et par contre insensible aux impératifs de distance et de prudence, intrinsèquement liés au profil type du «vrai» banquier central.
Si tout cela est exact, il y a fort à craindre que, dans le climat de transparence totale qui prévaut désormais en politique y compris monétaire, il ne sera plus possible d'aller recruter les banquiers centraux parmi les experts de la haute finance. Ce sera alors le retour des hauts fonctionnaires, diplomates et docteurs en droit au directoire de la BNS, où ces derniers n'ont jamais démérité certes, mais jamais non plus eu à faire face, sauf peut-être en 1934, à des périodes aussi cruciales pour l'avenir du pays.
Marian Stepczynski

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