30/11/2011

Banques et Etats: je te tiens par Barbichette

barbichette tiens.jpgA trop vouloir bien faire, on finit parfois par tout gâcher. Ainsi, en leur imposant des normes de fonds propres toujours plus strictes et en les soumettant à des scénarios de crise («stress tests») sans cesse plus sévères, les régulateurs n'avaient sans doute pas imaginé que les banques, au lieu de faire appel à leurs actionnaires pour se recapitaliser (actionnaires, soit dit en passant, qui ne se bousculent pas en ce moment au portillon), se borneraient à liquider des actifs ou, plus singulièrement encore, feraient crédit aux investisseurs, hedge funds et autres, qui voudraient bien se porter acquéreurs de leurs positions les plus risquées.

Dans ces deux cas, non seulement les banques contourneraient de la sorte l'obligation qui leur est faite de se renforcer, mais encore elles déstabiliseraient un peu plus un système bancaire et financier déjà fort mal en point.


Car en vendant, la plupart du temps à perte, des actifs tels par exemple que des obligations souveraines, les banques contribueraient à en faire chuter encore davantage la valeur de marché, et donc la qualité de l'ensemble des bilans bancaires que l'on cherche précisément à redresser. Et si ces avoirs, comme c'est souvent le cas, étaient également constitués de crédits aux entreprises, c'est l'ensemble de l'économie, déjà menacée de récession, qui en souffrirait. Barclays Capital, la banque d'affaires britannique, citée par The Economist , a ainsi calculé que si les banques de la zone euro n'amélioraient leurs ratios de fonds propres que par le truchement d'une réduction la taille de leurs bilans, les activités de prêts à l'économie reculeraient de près de 3000 milliards d'euros, soit de l'équivalent de presque un tiers du produit intérieur brut de la région.

On se retrouve par conséquent à la case départ, c'est-à-dire dans les circonstances qui avaient prévalu en 2008 lorsque, au plus fort de la crise bancaire, quand les banques rendues si méfiantes ne se prêtaient plus le moindre centime les unes aux autres, il avait fallu que les banques centrales jouent à fond leur rôle de prêteurs en dernier ressort, et que les gouvernements se substituent à l'actionnariat privé défaillant.

A la différence près que, cette fois-ci, les premières ont déjà distendu leurs bilans à l'extrême, et que les seconds ne peuvent individuellement s'endetter davantage sans effrayer encore plus les marchés... et donc accroître d'autant les risques que ceux-ci font peser sur les bilans des banques.

La seule façon, désormais, de démentir les oiseaux de sinistre augure qui prophétisent l'éclatement de la zone euro est donc d'accepter ce qui jusqu'ici était pour certains de ses membres inacceptable, savoir la mise en commun de compétences budgétaires, comme enfin Français et Allemands semblent à deux doigts de s'y résoudre.

 

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