21/11/2011

Menace sur Raiffeisen

raiffeisen.jpgL'agence américaine Moody's a donc dégradé la note de Raiffeisen de Aa1 à Aa2, et ramené sa perspective de «stable» à «négative». On n'en fera pas un plat, puisque la notation des engagements du groupe bancaire demeure dans la fourchette des dettes de haute qualité («high grade») et dépasse encore, par exemple, le «A1 / stable» d'une BCV. Par ailleurs, la décote est d'ordre millimétrique: la sous-catégorie 1 signifie  en effet que les titres concernés sont de meilleure qualité que la moyenne de la catégorie considérée, alors que 2 signifie simplement qu'ils sont dans la moyenne.

Mais le signal est clair. Un environnement économique plus difficile, des taux d'intérêt maintenus pour les raisons que l'on sait à des niveaux anormalement bas, une concurrence accrue entre banques se disputant les affaires de crédit hypothécaire sur un marché immobilier extrêmement tendu par endroits, tout cela fait que les banques vivant principalement du produit des opérations d'intérêts se trouvent exposées à des risques de crédit et de taux qui deviennent préoccupants.


La Banque nationale suisse s'en est d'ailleurs ouverte explicitement dans son dernier rapport de stabilité financière (août 2011) : «Pour faire face à la concurrence intense et persistante, de nombreuses banques ont continué à s'exposer largement au risque de taux d'intérêt afin de limiter la réduction de leurs revenus potentiels. Ce risque a ainsi atteint un nouveau pic dans les banques Raiffeisen».

Pourquoi ce coup de projecteur sur un groupe fortement décentralisé (puisque composé de 328 banques locales), aux structures coopératives, donc moins soumis, en principe, aux exigences de rendement qu'une banque commerciale ordinaire ? La réponse est en partie contenue dans la question.

Moins intégré verticalement que les acteurs majeurs du marché bancaire helvétique auxquels il aime à se comparer, le groupe Raiffeisen n'en possède pour cette raison ni l'efficience (les chiffres le montrent), ni la capacité à mobiliser dans l'instant le même coussin de fonds propres en cas de problème, coussin dont une partie est constituée des engagements de versement supplémentaire de tous les sociétaires. Par ailleurs, la croissance rapide des affaires du groupe - qui avait été l'un des principaux, sinon le principal bénéficiaire de l'hémorragie de fonds dont UBS avait souffert en 2008 et 2009 - l'a propulsé à un niveau exigeant des compétences technologiques et humaines qu'il ne lui est pas facile de réunir en si peu de temps.

Cela étant, l'avertissement de la BNS vaut aussi pour les banques régionales et certaines banques cantonales, tout autant exposées aux risques de remontée des taux d'intérêt, et dont le sauvetage in extremis après l'éclatement de la bulle immobilière à la fin des années 80 est encore dans toutes les mémoires.

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