14/11/2011

La dette: une affaire, somme toute, de vases communicants

Euro symbole.jpgLes fameux «marchés», dont tout dépend, ignorent deux ou trois choses qui pourraient bien changer la face du monde ou en tout cas celle de la zone euro. Résumons.

L'endettement des gouvernements centraux occidentaux, de celui du Japon (200% du produit intérieur brut) à celui des Etats-Unis (100%) mais surtout de la Grèce (140%) ou de l'Italie (120%), n'est ni nouveau dans son ampleur ni, en soi, insurmontable.

Il est devenu l'un et l'autre par suite de la crise bancaire qui a conduit partout l'Etat, prêteur en dernier ressort, à voler au secours d'un système financier à deux doigts de s'écrouler. Les «marchés», pris de peur, se sont alors débarrassés d'actifs jusqu'ici réputés sûrs mais devenus soudainement risqués, j'ai nommé les obligations souveraines de ces mêmes pays.


Or lorsque tombe le prix auquel ces titres sont lâchés, leur rendement - le quotient de leur coupon annuel, fixe, par leur nouvelle valeur de marché - s'élève d'autant. Autrement dit, plus les titres de la dette grecque ou italienne dégringolent, plus il devient coûteux, et finalement hors de prix pour l'Etat emprunteur, d'en assurer le refinancement. D'où ces taux complètement farfelus de 35% et plus pour les bons du Trésor grec à 3 ans. A l'inverse, les taux honorant la dette des pays réputés les plus solvables, dans laquelle se réfugient les épargnes apeurées, descendent à des niveaux tout aussi risibles, comme le 0,5% des «Bund» allemands de même maturité.

Les capitaux qui se déplacent ainsi, le plus souvent par crainte mais aussi parfois par jeu (les stratégies long/short des «hedgeurs»), faisant chavirer de bord les ménages publics les plus fragiles, ne se sont pas volatilisés; en regard d'une dette figure toujours une créance de même montant.

Il est donc faux d'imaginer que les sommes à réunir pour sauver tel ou tel pays surendetté n'existent pas, ou dépassent les capacités des sauveurs. Le mécanisme, quel qu'il soit en définitive, à mettre sur pied pour sortir de la crise de la dette consistera simplement à réorienter les capitaux par le truchement de signaux adéquats. Ce seront, par exemple, les taux auxquels la future structure d'emprunt de la zone euro, banque disant ou ne disant pas son nom, collectera les fonds pour les réacheminer au bon endroit. A 3 ou 4% l'an, et moyennant l'application en parallèle de plans de rigueur pas trop appuyés, les dettes les plus lourdes devraient pouvoir réintégrer peu à peu les limites de tolérance du Pacte de stabilité et de croissance.

A l'inverse évidemment, si pour des raisons de prestige ou d'arithmétique électorale, les pays européens ne réussissent pas à s'entendre sur ce début de mutualisation de leurs dettes et créances, le pire sera à craindre. Non seulement un éclatement de la monnaie unique, mais encore une plongée effrayante de l'économie mondiale dans la déflation.

Marian Stepczynski

 

18:17 Publié dans Démocratie, Dette, Zone euro | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

Commentaires

Voilà qui est clair et limpide. Comme de l'eau de la Mer Egée... Ou nous sauvons la barque commune tous ensemble, de manière solidaire et sans arrière-pensée nationaliste, en PARTAGEANT, où chacun cherche à se sauver individuellement en arrachant des lambeaux du dernier canot de sauvetage (gonflable). Et tout le monde coule.

Écrit par : Philippe Souaille | 14/11/2011

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