07/11/2011

Il n’y a que la confiance qui sauve

euro grec.jpgA défaut de trouver chez les grands de ce monde un début de solution, la crise de la dette a au moins le mérite de nourrir le débat entre spécialistes. Ainsi, exemple entre mille, cette écharpée vendredi dernier sur Forum entre deux économistes français, l'un, le conseiller économique de Georges Papandréou Daniel Cohen, professeur à l'Ecole normale supérieure de Paris, plutôt de gauche, l'autre, Didier Cossin, plutôt de droite, donnant ses cours à l'IMD de Lausanne.

Les deux professeurs se sont assez violemment attrapés - le second surtout - sur la manière de traiter le cas grec, le premier soulignant l'impératif de renouer avec la croissance sans laquelle rien ne sera possible, le second ne voyant aucune issue en dehors d'un rééquilibrage des finances publiques.


Le problème, on l'aura reconnu, est que dans l'état actuel des choses les gouvernements ne peuvent plus guère soutenir la conjoncture sans alourdir davantage des déficits d'ores et déjà jugés excessifs par les marchés, tout comme il leur est impossible de redresser leurs finances sans aggraver le risque de récession, bien présent.

Cette situation de pat, comme dit aux échecs, n'en est en réalité pas une, car tout ici est affaire de priorité. L'urgence commande bel et bien de desserrer l'étau budgétaire dans lequel la montée des taux d'intérêt de leurs emprunts a emprisonné les pays guettés par l'insolvabilité. On ne voit pas en effet comment la Grèce, le Portugal, l'Espagne, l'Italie et demain la France pourraient ramener le service de leur dette, puis leur dette elle-même, à des niveaux contrôlables sans un minimum de croissance, puisque c'est l'augmentation du produit intérieur brut, et elle seule, qui peut engendrer via la fiscalité les recettes publiques nécessaires, et entraîner simultanément la réduction de dépenses sociales gonflées par la crise et le chômage.

Cette foi dans l'efficacité des stabilisateurs automatiques propres à la dépense publique, largement partagée par les économistes de tradition keynésienne, l'est beaucoup moins dans le camp des partisans de l'économie dite de l'offre, qui croient très peu en l'Etat et beaucoup dans les vertus de la libre entreprise - libre, donc allégée du fardeau de l'impôt et des pesanteurs de la réglementation.

La réconciliation de ces deux optiques passe par l'engagement irrévocable des gouvernements successifs à profiter des bonnes années, lorsque celles-ci seront de retour, pour rembourser leurs dettes plutôt que pour dépenser les boni retrouvés, en échange des plans de soutien conjoncturel financés aujourd'hui par l'emprunt.

Quant aux taux auxquels ce dernier s'en trouvera initialement alourdi, ils ne dépendent de rien d'autre que de la confiance des prêteurs dans les garanties qui leur sont données. Or la confiance, paradoxalement, n'a pas de prix : elle s'installe aussitôt que la détermination est là. Celle du politique, bien sûr.

 

18:05 Publié dans Zone euro | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

Commentaires

Vous savez pertinemment que la recette que vous proposez n'est politiquement pas viable, du moment que les Européens du nord n'accepteront jamais de financer un trou sans fond dans les PIIGS. Ce que vous ignorez peut-être, c'est qu'elle n'est pas pertinente économiquement non plus: l'endettement étatique est de très loin la principale cause du chômage de masse (je vous invite à comparer les courbes respectives, vous serez sans doute étonné du degré de parallélité, à condition toutefois de vous en tenir aux États dont la dette est majoritairement financée par les résidents nationaux, donc pas les USA).

Idem pour ce qui est d'un éventuel remboursement futur: l'histoire montre bien que c'est pure illusion. En fait, cela a des raisons non seulement politiques, mais aussi économiques: une fois que l'État a fait des dettes, il est contraint d'en faire toujours plus s'il ne veut pas plomber l'économie, du moment que la dette étatique crée de la liquidité supplémentaire et donc de l'inflation (par le mécanisme de création monétaire exposé par Hartley Withers que vous aviez eu l'extrême pertinence d'évoquer dans un de vos articles). Si le secteur privé ne compense pas une diminution de l'endettement étatique par un endettement privé équivalent ou supérieur, la conjoncture chute immédiatement. L'effet est souvent encore aggravé par les politiques stupides des banques centrales d'augmentation des taux d'intérêt, qui ne font que précipiter la crise (les monétaristes n'ayant pas compris le mécanisme de création monétaire).

La solution ne saurait donc que consister en une mesure nettement plus drastique: le désendettement drastique et instantané par la dévaluation monétaire. Bien entendu, cette mesure ne sera politiquement viable que lorsque la crise aura atteint un degré de gravité extrême. Il faut donc se préparer à la dépression déflationniste et mettre du cash de côté (mais cela, vous ne pouvez pas l'écrire dans un journal de forte audience).

Écrit par : Larry | 07/11/2011

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