29/01/2013

Déflation en Suisse: faut-il en rire ou en pleurer?

Statistiquement parlant, il y a de la déflation en Suisse depuis mai 2011. C’est en effet à partir de ce mois-là que l’indice des prix à la consommation (base 100 en décembre 2010) s’est mis à reculer, passant de 100.8 à 98.9 à fin décembre 2012. La baisse est modeste (–1.9%), mais régulière, ce qui correspond assez exactement à la définition du phénomène, telle que nous la livre le glossaire de la BNS: «La déflation est le contraire de l’inflation. Elle représente une baisse durable, se répétant sur plusieurs périodes, du niveau général des prix. Le taux de déflation mesure, en pour-cent, la baisse de l’indice des prix.»

Pour les économistes, une déflation prolongée est le pire des maux, en ce qu’elle incite les ménages à différer leur consommation pour profiter, plus tard, de prix plus bas. Il en résulte, par effet ricochet, une contraction de la production, du revenu et de l’emploi.


Contre cette spirale qualifiée justement de déflationniste, les banques centrales sont bien désarmées puisque, sauf cas limite, les taux d’intérêt ne peuvent tomber en dessous de zéro.

En Suisse, nous n’en sommes évidemment pas là. La déflation observée est légère, et la BNS pronostique même un retour à une inflation – elle aussi modérée – à partir de la mi-2013. N’empêche que le pouvoir d’achat de la monnaie a augmenté, et que les Suisses devraient en principe s’en réjouir. Or c’est le contraire qui est ressenti: à salaire égal, le revenu disponible aurait jugent-ils plutôt diminué! En cause, bien sûr, les dépenses obligatoires (cotisations aux assurances sociales, primes d’assurance maladie, impôts) qui n’entrent pas dans le calcul de l’indice des prix, et peuvent allègrement grimper y compris en période de déflation, ainsi que les hausses plus ou moins saisonnières et surtout visibles des prix dans certaines catégories de biens et services masquant les baisses, parfois prononcées, qui se manifestent dans d’autres.

Reste que, dans l’ensemble, la situation financière des ménages s’est plutôt améliorée, puisque, à en croire les enquêtes menées depuis 2008 par l’Office fédéral de la statistique, la proportion des personnes qui s’estiment satisfaites de leur situation financière a passé de 52% cette année-là à 58,6% en 2011 (à preuve, d’ailleurs, le fait que la proportion de celles obligées d’entamer leurs économies ou carrément de s’endetter est revenue dans le même temps de 10,1% à 7,9%).

Mais il est vrai qu’à l’inverse la proportion des personnes interrogées qui admettent avoir de la peine à nouer les deux bouts a passé de 8,6% à 12,8%. Déflation ou pas, le panier de la ménagère n’est manifestement pas le même pour tout le monde.

13:33 Publié dans Banques centrales, Prix | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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