24/10/2011

Faut-il "sauver" l'or de la Suisse?

or lingot.jpgUn lecteur s’interroge, avec d’autres, sur ce qu’il convient de faire avec l’or de la Banque nationale suisse. L’initiative lancée à ce sujet par l’UDC («Il faut sauver l’or de la Suisse») comme l’évolution des cours du métal jaune depuis quelques années ne sont évidemment pas étrangères à ce regain d’intérêt pour les réserves métalliques de notre institut d’émission, dont une bonne moitié a été vendue entre 2000 et 2005 à des prix bien inférieurs aux prix actuels, ce qui, écrivent les initiants, «a fait perdre 70   milliards à la Suisse».

Sur la même ligne, on pourrait prétendre – et ces derniers ne s’en privent pas – que les interventions de la BNS sur le marché des changes en 2009 et 2010, qui n’avaient pu alors empêcher le franc de monter encore davantage, ont également «fait perdre» des dizaines de milliards de francs à la Suisse.


De ces versions pour le moins simplistes de ce que doit être ou ne pas être une saine administration des réserves monétaires, on retiendra deux ou trois choses. Premièrement, si l’on est toujours plus intelligent après, il reste que le placement d’actifs, tel que l’entendent les gestionnaires de fortune, ne relève pas de la politique monétaire au sens strict. On peut reprocher beaucoup de choses à la Banque nationale suisse (en particulier de s’être trop longtemps et aveuglément attachée à suivre l’évolution de la base monétaire en tant qu’unique indicateur du degré de sévérité de la politique monétaire, au point de s’être complètement fourvoyée en 1988 et 1989 et de porter ainsi une part de responsabilité dans la décennie de marasme qui s’ensuivit), mais en tout cas pas d’avoir manqué depuis lors à son devoir principal, qui est d’assurer la stabilité des prix.

Le risque de déflation, qu’entraîne inévitablement une appréciation incontrôlée du franc, serait certainement encore plus grand si la couverture or des billets en circulation, aujourd’hui pratiquement égale à 90%, frisait les 200%, comme ce serait le cas si le stock d’or n’avait pas été réduit de moitié. Un franc à ce point «surcouvert», et par conséquent «aussi bon que l’or», si ce n’est plus, se serait trouvé de ce fait exposé aux mêmes fluctuations erratiques.

«Les réserves d’or de la BNS sont la fortune du peuple suisse!» clament les ténors de l’UDC. Une monnaie forte appartient certes au patrimoine national. Mais un pouvoir d’achat aussi élevé a pour contrepartie une mise en question de la capacité concurrentielle du pays, dont on commence à mesurer les effets en termes de montée du chômage et de menaces de délocalisation.

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21:02 Publié dans Or | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bns | |  Facebook | | |

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