17/10/2011

De l’effet pervers des bas taux d’intérêt

taux d'intérêt.jpgUn aspect souvent négligé de la politique de bas taux d’intérêt pratiquée par les banques centrales afin de contenir la crise et des rendements extrêmement bas, y compris à long terme, qui en résultent (celui, à dix ans, des emprunts de la Confédération dépasse à peine 1%!), est que la valeur actuelle des engagements futurs a, de ce seul fait, considérablement augmenté.

Or, quels sont ces engagements futurs?


Ce sont, en particulier, les promesses de prestations prévues par tous les régimes de prévoyance. Les régimes privés, obligés de couvrir en tout temps (les assurances) ou en moyenne (les caisses de pensions) leurs engagements futurs sont par conséquent tombés en sous couverture, tandis que les promesses non obligatoirement capitalisées des régimes publics représentent autant de «dettes cachées», cachées en ce sens qu’elles ne sont pas comprises, ou ne le sont que très partiellement, dans les dettes résultant des emprunts émis sous forme d’obligations d’Etat et autres bons du Trésor.

Dans un papier publié en 2007, des experts du Fonds monétaire international avaient ainsi estimé que si la Suisse intégrait dans ses comptes publics la valeur actuelle de ses engagements futurs non capitalisés, l’actif net de l’Etat, équivalant à 49% du produit intérieur brut en 2006, se transformerait en un passif net de 54%. Le PIB s’étant établi pour cette année-là à 490   milliards de francs, le calcul est vite fait. Ces mêmes engagements ayant, depuis lors, augmenté sans doute au même rythme, si ce n’est davantage, qu’un PIB désormais voisin de 560   milliards, les «dettes cachées» du secteur public helvétique ont dû s’accroître d’autant.

Les rendements qui se dégagent actuellement des placements à long terme étant en moyenne plus proches de 2%, voire moins, que des 4% encore couramment utilisés pour escompter les engagements futurs, il faudrait donc, pour être honnête, augmenter d’au moins 25% les capitaux nécessaires au respect des engagements futurs ou, s’agissant des prestations, souvent généreuses, promises par les régimes publics, augmenter dans les mêmes proportions la dette publique. On admet en effet en général qu’à chaque point de pourcentage de variation du taux utilisé pour escompter les promesses de prestations correspond une variation de quelque 10% des capitaux de couverture.

Aussi, à moins de postuler que la croissance reviendra, et retrouver les rendements qu’elle avait dégagés durant les «Trente Glorieuses», c’est au moins au double du niveau auquel ils sont tombés aujourd’hui que les rendements devraient remonter pour que toutes ces promesses puissent être tenues. On en est loin, c’est le moins qu’on puisse dire.

21:08 Publié dans Taux d'intérêt | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : banques centrales, fmi | |  Facebook | | |

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