03/10/2011

L’euro tâtonne encore? Et alors!

euro 1.jpgOn peut bien entendu se complaire dans le scepticisme absolu, acquiescer au jugement de ceux qui ont toujours vu dans l’euro une construction artificielle, éloignée du critère déterminant de «zone monétaire optimale», vouée par conséquent dès l’origine à l’échec, tant ses gestionnaires se retrouvent aujourd’hui acteurs malgré eux d’une sorte de «tragedy of the commons», ce jeu au résultat perdant-perdant décrit il y a une quarantaine d’années par l’écologiste américain Garrett Hardin comme le rappelait la NZZde jeudi dernier.


Qu’il est intellectuellement confortable d’épouser l’opinion selon laquelle l’euro était perdu d’avance! Qu’il est commode de pronostiquer à l’unisson des marchés que le défaut de la Grèce est inscrit dans les étoiles, puisque la rigueur imposée au pays par la troïka (FMI, BCE, Union européenne) la condamneront fatalement à la décroissance, et donc à l’impossibilité totale de remplir ses engagements!

L’ingouvernabilité de la zone euro n’est-elle pas définitivement démontrée par le refus obstiné d’une majorité de parlementaires slovaques de donner leur feu vert à l’extension à 440   milliards d’euros du Fonds européen de stabilité financière, alors que l’unanimité des membres de la zone, y compris les plus petits et les plus fraîchement arrivés, est nécessaire?

Les sarcasmes proférés depuis le balcon par les spectateurs britanniques ou helvètes de la scène européenne reposent certes sur un fond de vérité et il n’est pas totalement exclu que l’Europe de la monnaie unique explose. Mais les dégâts seraient tels, pour ses adhérents comme pour le reste du monde, Anglais et Suisses compris, qu’il serait plus raisonnable de s’intéresser un instant aux probabilités de survie de la construction européenne.

Primo, il existe des issues offrant une sortie honorable aux protagonistes, tel le scénario «Eureca» imaginé par le consultant munichois en stratégie Roland Berger sur le modèle de la Treuhandanstalt qui avait permis à la RFA de redresser les Länder de l’Est à l’insu du plein gré des contribuables ouest-allemands et même européens. Plus proches des réflexes pavloviens des milieux financiers, il y a aussi les idées d’un George Soros, ou celles, encore plus classiques, des tenants de l’émission d’euro-obligations.

Mais surtout, il n’est pas interdit, sans céder au romantisme, de penser que les dirigeants européens ont eu le courage de tordre le cou aux préjugés, comme naguère les pères de la Suisse moderne l’ont fait, rappelait le professeur Thomas Cottier dans la mêmeNZZ, en jetant durant la seconde moitié du XIXe   siècle les bases d’une union monétaire helvétique qui ne verrait effectivement le jour qu’en 1907 avec la création de la BNS. S’il fallut une quarantaine d’années pour parachever l’intégration monétaire de la Suisse, comment s’étonner que, dix ans après sa naissance, l’euro tâtonne encore?

 

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