Air du temps

  • Et revoilà la monnaie pleine !

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    Chassée par la porte, la monnaie pleine est peut-être en train de revenir par la fenêtre. Le débat suscité par l’émergence des crypto-monnaies conduit en effet à postuler qu’un beau jour, sans doute pas si lointain, les banques centrales pourraient être amenées à émettre leurs propres monnaies numériques. Car il est hors de question, pour toutes sortes de raisons bonnes ou mauvaises, de laisser filer le monopole de l’émission de moyens de paiement légaux vers des organisations privées telles que Facebook et consorts dont les ambitions en la matière, on l’a vu, sont immenses.

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  • La taxation des robots, ou la quête du Graal

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    L’idée de taxer les robots pour financer la reconversion des salariés dont ils auront finalement subtilisé la quasi totalité des emplois fait son chemin, y compris chez les plus éminents fiscalistes. On peut le comprendre, tant le phénomène de la numérisation se répand à la vitesse de l’éclair dans tous les compartiments de l’activité économique. Les derniers doutes sur la faisabilité de la chose (risques d’évasion fiscale ou d’autres formes de contournement de l’impôt) sont en train de tomber, puisque un début de coordination interétatique en matière de taxation se met progressivement en place sous l’égide, notamment, du G20 et de l’OCDE*. On vise d’abord les GAFA, mais le reste se mettra ensuite en place.

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  • Taux nuls : calamité ou bénédiction?

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    On sait maintenant, ou du moins croit-on savoir, que des taux d’intérêt nuls ou même négatifs sont faits pour durer. Comment, en effet, expliquer qu’ils demeurent aussi bas – alors que l’activité, repartie un peu partout, devrait logiquement réveiller l’inflation et les faire remonter dans la foulée – sinon que des mécanismes plus profonds sont à l’œuvre, qui déjouent les relations habituelles entre épargne et investissement et font que malgré des salaires plutôt en augmentation, signe d’une amélioration de l’emploi, les entreprises ne répercutent pas leurs hausses de coûts sur les prix.

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  • Et si le populisme était en définitive le meilleur moyen de sauver le capitalisme ?

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    Et si le populisme était en définitive le meilleur moyen de sauver le capitalisme ? Cette thèse, pour le moins hétérodoxe, est défendue de manière assez convaincante par Raghuram G. Rajan, ancien gouverneur de la banque centrale de l’Inde et actuel professeur de finance à la très réputée Chicago Booth School of Business, dans un article qu’il vient de publier (“Why capitalism needs populism”)*.

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  • Dumpings salarial, locatif... Mieux vaut être dedans que dehors

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    Largement répandu dans les années trente au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, le système dit du «closed shop» réservait l’embauche aux membres de syndicats reconnus. Peu à peu interdite au nom de la liberté de contracter, cette façon de fermer l’emploi aux travailleurs venus du dehors fait irrésistiblement penser, toutes choses bien sûr égales par ailleurs, à diverses politiques en cours aujourd’hui dans divers pays dont singulièrement la Suisse, censées lutter contre le dumping salarial, protéger le pouvoir d’achat, empêcher la concurrence forcément déloyale de pays lointains, bref, toutes formes de remise en cause de ce qu’il faut bien appeler un cloisonnement du marché du travail.

    La différence essentielle d’avec les pratiques d’hier est évidemment qu’aujourd’hui un tel cloisonnement n’est pas condamné, mais au contraire soutenu jusque dans les rangs patronaux, pour la raison vraisemblable mais inavouée que ceux-ci y trouvent un moyen de se prémunir contre la sous-enchère de compétiteurs externes.

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  • Les "somnambules du XXIe siècle", version économique

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    Les «somnambules du XXIe siècle» (la formule est d’Emmanuel Macron, lors de la campagne présidentielle) n’arpentent pas seulement la scène politique. On les rencontre aussi sur le terrain économique, qu’ils minent à force de contre-vérités et d’initiatives malencontreuses et risquent d’entraîner dans la crise. La mise en pièces du multilatéralisme, la méfiance à l’endroit de la construction européenne, le repli sur soi et le rejet de l’immigration en sont les principales manifestations, à l’Est du continent comme aussi dans nos riches démocraties occidentales. Il ne faut pas se leurrer : la Suisse est tout autant frappée par le phénomène que ses voisins.

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  • Le "De l’autre côté de la rue" de Macron

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    En assurant à un jeune chômeur horticulteur qu’il lui suffirait de traverser la rue pour trouver du travail, Emmanuel Macron a déclenché une avalanche de sarcasmes sur les réseaux sociaux. Avait-il tout tort ? Si les internautes s’en sont donné à cœur joie, la réalité, en apparence en tout cas, n’est pas si éloignée que cela de la leçon présidentielle. La France souffre en effet, comme beaucoup d’autres pays, de la coexistence d’un chômage persistant et d’une importante offre d’emplois non satisfaite.

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  • La crise turque, comme un air de déjà-vu

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    L’égotisme des autocrates les conduit en général à se sentir plus forts que tout. C’est ainsi que le président Recep Tayyip Erdoğan rejoint dans l’illusion du pouvoir sur les événements son contemporain chaviste Maduro, avec lequel il entretient au demeurant les meilleures relations. La descente aux enfers de la livre turque (-70% par rapport au dollar depuis le début de l’année) ressemble d’ailleurs de plus en plus à celle du bolivar vénézuélien, qui ne vaut plus grand chose sur le marché des changes (à peine 0,1 dollar). Car, les mêmes causes produisant les mêmes effets, les politiques absconses suivies tant au Venezuela qu’en Turquie devaient fatalement aboutir à l’explosion des déficits et à l’inflation dans les deux pays  – hors de contrôle chez le premier, en passe de le devenir aussi chez le second, à moins d’un revirement déchirant des options prises lorsqu’on pouvait encore croire aux miracles, mais qu’on pourrait abandonner maintenant qu’il ne reste plus que celle de frapper à la porte du FMI.

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  • Le monde à la merci d’un fou ?

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    On attribue volontiers la brutalité avec laquelle le président américain s’acharne à mettre à terre l’ordre international au fait qu’il tiendrait ses promesses de campagne et contenterait ainsi son électorat. Ce détour par le populisme est dans l’air du temps, puisque il rejoint d’autres manifestations de refermement sur soi qui ne s’observent pas seulement aux Etats-Unis mais aussi au cœur des plus vieilles démocraties européennes. Il y a cependant une autre explication, qui fait froid dans le dos. Et si Donald Trump était atteint de maladie mentale ?

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  • Sans l’ouverture au monde, point de salut

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    La réponse des populistes de tous bords à la crise migratoire et plus largement aux bouleversements en cours est un grave danger pour la prospérité, alors que paradoxalement leur vision à courte vue fait croire qu’ils vont pouvoir au contraire la sauver.

    Dans sa forme la plus élémentaire, leur proposition tient en trois slogans: sauvegarder les emplois par la fermeture des frontières, relever les salaires et les retraites, baisser les impôts.

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  • Monnaie electronique. Si même The Economist le dit…

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    L’initiative Monnaie pleine, dont on parle beaucoup ces jours-ci puisque les citoyens trancheront le 10 juin prochain, ne suscite pas seulement l’opprobre des bien-pensants et l’adhésion aveugle de ses inconditionnels partisans. Elle renvoie aussi indirectement à des considérations plus sérieuses, telle celle que deux économistes bâlois viennent de publier dans le bulletin trimestriel de la Federal Reserve Bank of St. Louis, l’une des 12 banques régionales de la Fed américaine, dont la division de recherche est réputée dans le monde entier pour la qualité de ses travaux*.

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  • Où le multilatéralisme sauve sa peau

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    Le système économique et monétaire multilatéral mis en place au sortir de la Deuxième Guerre mondiale et que Donald Trump menaçait de démolir à coups de tweets rageurs est peut-être en train de sauver sa peau. Telle est, en tout cas, l’impression qui se dégage des réunions de printemps du FMI et de la Banque mondiale qui se sont tenues le week-end passé à Washington. On pouvait craindre que les Etats-Unis, puissance victorieuse et initiatrice en 1944 des institutions de Bretton Woods, enfoncent un coin supplémentaire dans un dispositif déjà mis à mal par un président instinctivement porté à placer les échanges internationaux sur le terrain des seuls rapports de force. Au lieu de cela, le secrétaire du Trésor Steven Mnuchin a prononcé à Washington des discours plutôt nuancés, dont il ressort que les Etats-Unis entendent certes imposer leur vision d’un commerce international plus «libre et équitable» (free, fair, and reciprocal) mais continueront de participer, à leur pleine mesure de premier contributeur, au financement et à la recapitalisation des deux institutions.

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  • Et si l’on en revenait aux loteries royales ?

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    Le jeu est mal vu et malsain. Il flatte les bas instincts : cupidité, appât du gain, recherche de l’argent facile. Mais il est partout et envahit même les strates plus nobles de la haute finance, puisqu’on en retrouve le principe jusque dans l’architecture de toutes sortes de produits dérivés – forwards, futures, swaps de taux, de change, etc. – qui ne sont rien d’autre, fondamentalement, que des paris, et qui suscitent, mutatis mutandis, le même genre d’engouement que les loteries sous toutes leurs formes.

    Plus basiquement, le jeu de hasard précipite des foules de parieurs vers les comptoirs des bars-tabac, kiosques à journaux et autres points de vente exhibant toute une panoplie de billets à gratter.

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  • Le monde va mieux, au décile près 

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    Le monde va mieux. Tout l’indique, tout le monde le dit. Et pour faire bon poids, le cycle conjoncturel est cette fois-ci synchrone : toutes les parties du monde, y compris celles d’ordinaire en retard, participent à la fête. Aussi, les conjoncturistes patentés font-ils assaut de certitudes dans leurs tabelles et rivalisent de précision au décile près. En octobre, le FMI avait relevé de 0,1 point ses prévisions de croissance pour 2018 ; il procédera sans doute derechef à l’occasion de son habituelle «mise à jour des perspectives de l’économie mondiale» de la mi-janvier prochaine. Dans ses «perspectives économiques principales » de novembre, l’OCDE alignait les siennes sur celles du Fonds : l’élévation du PIB réel mondial sera pour elle comme pour lui de 3,7% cette année. Même la zone euro réitérera à peu de choses près sa performance de 2017, avec une croissance de nouveau supérieure à 2% – de 2,1% très exactement.

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  • Le bitcoin, bombe crypto-nucléaire ?

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    Le monde des crypto-monnaies, dont le bitcoin est sans nul doute le plus insigne spécimen, demeure pratiquement imperméable au commun des mortels. A première vue certes, ces monnaies virtuelles, émises ou plutôt fabriquées hors de tout contrôle étatique et néanmoins réputées infalsifiables, obéissent à quelques principes simples : elles sont comme l’argent comptant universellement accessibles, numériques (scripturales si l’on préfère) comme les dépôts bancaires et, bien que sans cours légal, ont au même titre que les monnaies classiques pouvoir libératoire dans les transactions dites «peer-to-peer» (c’est-à-dire sans intervention d’un intermédiaire). Mais, au-delà, que c’est compliqué !

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  • La fin des emplois, une société en forme de sablier

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    Utilisée sauf erreur pour la première fois, dans l’espace francophone, par l’écologiste Alain Lipietz puis reprise sous une forme différente par l’éditorialiste Jean-Marc Vittori, l’image résume assez bien l’évolution d’une société dans laquelle le centre s’efface au profit des bords, luxe vs «low cost», super riches contre «low wage workers». Cette polarisation de la société, opérée au détriment de ce qui faisait naguère la classe moyenne, à commencer par l’immense majorité des emplois qui ne nécessitaient ni qualifications particulièrement élevées ni besoin permanent de réapprentissage, fait craindre sérieusement la disparition de la plupart des emplois.

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  • Il était une fois une presse locale

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    Un jour peut-être ­– si tant est que le sujet les intéresse – les générations futures se demanderont comment il est possible que la deuxième ville de Suisse et la plus grande de Suisse romande ait perdu ses journaux, sa radio, ses imprimeries, et que de la sorte tout un secteur, qui portait sa renommée loin à la ronde, ait migré à 60 kilomètres de là.

    En simplifiant mais sans travestir beaucoup la vérité, on fera remonter l’affaire aux premières décennies du 20e siècle, lorsque Genève et Lausanne, qui se disputaient les ondes, décidèrent de se les répartir, Lausanne prenant la radio et Genève misant sur la TV naissante. Le choix n’était pas innocent, même si sa portée échappa sans doute aux acteurs de l’époque.

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  • En finance, la triche se paie cash

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    Les boursiers sincères n’en font pas mystère : la seule manière de «battre le marché» à coup sûr, c’est d’exploiter des informations privilégiées, autrement dit de se trouver, ex fonctions ou par simple hasard, dans la position d’initié et d’en tirer parti pour réaliser un profit sans risque. Cette resquille, mollement réprimée par le code pénal avant mai 2013, était jusque là une pratique probablement assez courante, l’autorité n’en démasquant qu’une infime partie et n’en considérant que les cas les plus flagrants.

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    Lien permanent Catégories : Air du temps, Capital, gouvernance, suisse 0 commentaire
  • En attendant la prochaine crise: tant va la cruche à l’eau…

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    Combien de temps s’écoule-t-il jusqu’à ce qu’une crise financière soit oubliée?

    D’expérience, il semble qu’une génération, voire moins, suffise pour qu’une vaste majorité d’intervenants ait perdu la mémoire de la crise précédente. La dernière crise majeure que la Suisse ait connue, celle du krach immobilier du début des années 90, est donc en passe d’être complètement oubliée. On comprend dès lors que la Banque nationale suisse, en charge de la surveillance bancaire et principale intéressée au maintien de la stabilité financière, veille avec la plus grande attention au bon fonctionnement du marché hypothécaire. Et il n’aura pas échappé au lecteur attentif de son dernier Rapport sur la stabilité financière qu’elle continue de considérer ce marché comme suffisamment éloigné de l’équilibre pour consacrer une large part de son analyse à la situation des banques «axées sur le marché intérieur», autrement dit celles, locales et régionales, qui vivent principalement du crédit hypothécaire.

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  • Malheureux Hollande, après la pluie le beau temps

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    La reprise qui s’affirme un peu partout arrive trop tard pour François Hollande, qui l’avait annoncée trop tôt. Mais elle est bien là, qui devrait déloger les populistes de partout où ils se sont installés au pouvoir (Pologne, Hongrie) ou les empêcher de le prendre là où ils sont à deux doigts d’y parvenir (en Italie l’an prochain, demain peut-être en France).

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