Le blog de Marian Stepczynski

  • Suisse-Europe, oser dire l’indicible

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    Pauvre Joseph Deiss. Pour avoir répété sa ferme conviction que la Suisse aurait tout à gagner d’une adhésion à l’Union européenne, le voilà couvert d’insultes et même menacé de mort. L’ancien conseiller fédéral, partisan depuis toujours d’une ouverture du pays au monde (il avait plaidé pour l’entrée de la Suisse à l’ONU), défenseur presque contre tous des avantages pourtant indéniables qui seraient ceux d’une participation pleine et entière à la construction européenne, se heurte donc au «Tabuthema» de nos chers compatriotes alémaniques, rangés nombreux sous la bannière d’une UDC toujours gagnante lorsqu’il s’agit des relations de la Suisse avec l’extérieur.

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    Lien permanent Catégories : Air du temps, Europe, suisse 4 commentaires
  • Et revoilà la monnaie pleine !

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    Chassée par la porte, la monnaie pleine est peut-être en train de revenir par la fenêtre. Le débat suscité par l’émergence des crypto-monnaies conduit en effet à postuler qu’un beau jour, sans doute pas si lointain, les banques centrales pourraient être amenées à émettre leurs propres monnaies numériques. Car il est hors de question, pour toutes sortes de raisons bonnes ou mauvaises, de laisser filer le monopole de l’émission de moyens de paiement légaux vers des organisations privées telles que Facebook et consorts dont les ambitions en la matière, on l’a vu, sont immenses.

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  • Banques centrales en ordre de bataille

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    On pouvait bien imaginer qu’après les robots humanoïdes et les chaînes d’assemblage automobiles, l’esprit fertile des innovateurs s’intéresserait à la finance et à la monnaie. D’où l’éclosion d’innombrables fintech à partir du début des années 2010, et la naissance en parallèle des premières crypto-monnaies, de l’emblématique Bitcoin aux dérivés technologiquement plus avancés d’Ethereum. Mais le comble de l’avancée en matière d’innovation financière est désormais atteint avec la rencontre de ces moyens d’échange numériques et du big data, cette masse d’informations collectées par les réseaux et les grands distributeurs. L’exemple le plus spectaculaire de ce croisement est la naissance de Libra, la crypto-monnaie promise dit-on à une destinée universelle.

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  • Facebook Libra et autres artéfacts monétaires

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    La planète est en émoi depuis que Facebook a annoncé le lancement de Libra, sa monnaie numérique. Car même si la réputation du réseau social a été sérieusement mise à mal depuis l’affaire des fuites de Cambridge Analytica, le nombre de ses utilisateurs est tellement élevé que son entrée dans le monde des paiements risque par ce simple fait de déstabiliser l’ensemble du système bancaire.

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  • Où le droit s’intéresse aux taux négatifs

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    Astucieusement conseillée, une grande commune genevoise (la Ville ?) s’est dit que l’emprunt conséquent (100 millions de francs) qu’elle avait contracté en 2006 auprès d’une banque à un taux égal au Libor à 6 mois ne devrait plus l’obliger à payer des intérêts depuis que ce taux est devenu négatif, mais pouvait à l’inverse l’amener à demander que ce soit la banque qui lui verse des intérêts !

     

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  • A la poursuite de prix équitables: Et si la Suisse adoptait l'euro?

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    Le combat contre l’«îlot de cherté suisse» ressemble beaucoup à celui livré contre la hausse constante des primes d’assurance-maladie : postulats et motions parlementaires, initiatives et contre-projets se succèdent, sans que véritablement l’on se rapproche de l’objectif visé.

    Les prix en Suisse demeurent – chiffres de 2017 – de quelque 56% (et même de 68% pour les services) plus élevés que dans les pays de l’UE-15, et tout porte à penser que les mesures préconisées pour renforcer la concurrence, qu’elles émanent de l’initiative «pour des prix équitables» ou du texte que le Conseil fédéral suggère de lui opposer, n’auront pas beaucoup plus d’impact que tout ce qui a été mis en place jusqu’ici.

    Il y a en effet quelque chose de donquichottesque dans ces tentatives de séparer l’îlot de prix, dont tout le monde se plaint, de l’«îlot de salaires» (pour reprendre l’expression d’un confrère de la NZZ), tout aussi élevés, mais que personne, bien évidemment, ne songe à dénoncer, quand bien même les deux phénomènes sont étroitement liés.

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  • La taxation des robots, ou la quête du Graal

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    L’idée de taxer les robots pour financer la reconversion des salariés dont ils auront finalement subtilisé la quasi totalité des emplois fait son chemin, y compris chez les plus éminents fiscalistes. On peut le comprendre, tant le phénomène de la numérisation se répand à la vitesse de l’éclair dans tous les compartiments de l’activité économique. Les derniers doutes sur la faisabilité de la chose (risques d’évasion fiscale ou d’autres formes de contournement de l’impôt) sont en train de tomber, puisque un début de coordination interétatique en matière de taxation se met progressivement en place sous l’égide, notamment, du G20 et de l’OCDE*. On vise d’abord les GAFA, mais le reste se mettra ensuite en place.

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  • Taux nuls : calamité ou bénédiction?

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    On sait maintenant, ou du moins croit-on savoir, que des taux d’intérêt nuls ou même négatifs sont faits pour durer. Comment, en effet, expliquer qu’ils demeurent aussi bas – alors que l’activité, repartie un peu partout, devrait logiquement réveiller l’inflation et les faire remonter dans la foulée – sinon que des mécanismes plus profonds sont à l’œuvre, qui déjouent les relations habituelles entre épargne et investissement et font que malgré des salaires plutôt en augmentation, signe d’une amélioration de l’emploi, les entreprises ne répercutent pas leurs hausses de coûts sur les prix.

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  • Dividendes, le gros mot

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    La rétribution des actionnaires n’a pas bonne presse ces jours-ci, c’est le moins qu’on puisse dire. A leur seul prononcé, on se lève comme un seul homme sur les bancs de la gauche pour condamner toute forme de distribution de dividendes, à défaut d’aspirer à leur pure et simple disparition. Il est vrai que l’histoire est longue du partage jugé inégal de la valeur ajoutée entre travail et capital, entre «juste rémunération de l’effort» et «captation illégitime des profits».

    Pour autant, il circule beaucoup d’idées fausses à ce sujet. Ainsi, on est persuadé que la part des salaires dans le revenu national n’a cessé de baisser au fil des années par rapport à celle des revenus de la propriété, alors qu’il n’en est rien.

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  • Et si le populisme était en définitive le meilleur moyen de sauver le capitalisme ?

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    Et si le populisme était en définitive le meilleur moyen de sauver le capitalisme ? Cette thèse, pour le moins hétérodoxe, est défendue de manière assez convaincante par Raghuram G. Rajan, ancien gouverneur de la banque centrale de l’Inde et actuel professeur de finance à la très réputée Chicago Booth School of Business, dans un article qu’il vient de publier (“Why capitalism needs populism”)*.

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  • Comment on se tire une balle dans le pied

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    Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois. En menaçant la Chine de ses foudres tarifaires, Donald Trump comble d’aise ses zélateurs, mais fait preuve une fois de plus de sa méconnaissance crasse des principes économiques les plus élémentaires. On se souvient par exemple de la conviction avec laquelle il avait affirmé à coups de tweets que ce serait le Mexique qui payerait le mur, alors qu’un étudiant de deuxième année en économie n’aurait eu aucune peine à démontrer que ce seront toujours les contribuables américains qui règleront la facture.

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    Lien permanent Catégories : Chine, Concurrence, Démocratie, Etats-Unis 0 commentaire
  • Caisses publiques de retraite: in cauda venenum

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    Dans sa grande sagesse, le législateur a prévu que les caisses publiques de prévoyance pouvaient renoncer à une capitalisation complète si l’Etat, supposé éternel, leur accordait sa garantie. Il a toutefois placé un garde-fou à cette exception, en fixant après d’âpres débats au moment de la révision de la LPP (2010) un plancher absolu au degré minimum de capitalisation à atteindre au bout de 40 ans, savoir 80%. Pour les caisses publiques les plus faiblement capitalisées, le défi est de taille : si elles présentent une structure d’âge défavorable, ne comptent que peu de cotisants par rapport au nombre de retraités, ou encore maintiennent des taux de cotisation trop bas en regard des engagements promis, l’effort de recapitalisation se chiffre vite en milliards, voire dizaines de milliards pour les plus grandes d’entre elles.

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  • Un monde fou, fou, fou  

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    Un humoriste russophone élu président à Kiew une semaine avant la Pâque orthodoxe, une GAFA rachetant la Grèce (c’est une fiction, mais tout de même), des investisseurs privés majoritaires au capital de la Banque nationale suisse (c’est une réalité)… Le monde décidément marche sur la tête. Dans le film de Stanley Kramer, il y avait au moins un trésor à chercher. Ici, il n’y a rien à récupérer, sinon de grosses déceptions.

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  • Caisse de pensions des fonctionnaires genevois: entre salades et baratinage

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    Le projet de nième recapitalisation de la Caisse de prévoyance de l’Etat de Genève (CPEG), objet d’interminables initiatives et référendums, véhicule son cortège d’inexactitudes et d’approximations quand ce ne sont tout simplement des fadaises.

    Championne du genre, l’Asloca fait, dans un communiqué, remonter aux années 80 – et l’impute à des «choix politiques de la droite» – le passage d’une capitalisation à 100% à un système de capitalisation partielle de ce qui était alors la CIA. En réalité ladite caisse, fusionnée depuis avec la CEH qui était en bien meilleur état, n’avait jamais atteint un taux de couverture de 100% et s’en éloignait toujours plus, de sorte que le grand argentier de l’époque, Robert Ducret, avait habilement suggéré de passer à un système mixte de capitalisation partielle, à la satisfaction générale et non au seul contentement du camp bourgeois.

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  • Libérale, la Suisse ? Allez allez…

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    Contrairement à une idée reçue, la Commission européenne ne s’occupe pas que de la courbure des concombres et du nombre minimum de doigts dans les bouquets de bananes. Elle veille aussi à la bonne application des règles de fonctionnement du marché unique qui donnent substance aux quatre libertés fondamentales (dont cette fameuse libre circulation des personnes qui effraie tant les milieux syndicaux) et pousse le scrupule jusqu’à s’assurer que le principe de la libre concurrence soit respecté sous tous ses aspects, ce qui suppose en particulier le bannissement des aides publiques sauf celles servant l’intérêt général.

    Or voilà que l’Association suisse des locataires s’inquiète des conséquences possible de l’application de ce même principe au marché du logement, puisque le logement locatif, sous les formes que cette association s’emploie systématiquement à préconiser (celle, pour faire simple, du logement dit social), est au bénéfice d’aides de l’Etat dans la plupart des cantons. L’Asloca entend donc que le Conseil fédéral obtienne de l’Union européenne l’assurance que l’accord-cadre négocié avec elle exclue expressément de son champ d’application les aides publiques au logement.

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  • La dette ? Tantôt blanc, tantôt noir…

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    Faut-il oui ou non s’inquiéter de la dette ? Un correspondant s’interroge, après avoir lu tout et ensuite son contraire. La vérité est que les avis y compris les plus autorisés sont partagés sur la question. D’un côté, les statistiques montrent que l’endettement global n’a jamais été aussi élevé, en chiffres absolus comme en proportion du produit intérieur brut, que ce soit dans le monde occidental ou dans les pays émergents, Chine en particulier. De l’autre, on commence à s’inquiéter sérieusement d’un ralentissement économique qui s’accentue et conduit les autorités monétaires, américaines en tête, à renvoyer à une date ultérieure les resserrements de liquidité qu’elles avaient programmés pour le proche terme. Mieux, des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent pour constater l’impuissance de la politique monétaire et prôner la remise au goût du jour des déficits publics en tant que moyen de relancer une demande globale asthénique.

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  • Finance imaginative, Acte II

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    Il y avait eu, d’abord, les techniques tout à fait particulières de la comptabilité créative qui, après l’éclatement de la bulle Internet, s’étaient soldées par la faillite du géant américain Enron et les déboires consécutifs de plusieurs de ses partenaires, dont celle d’Arthur Andersen. Mais cela ne fut rien en comparaison de ce que l’imagination débordante de la galaxie financière allait réussir quelques années plus tard à créer avec la titrisation de créances hypothécaires, les fameuses «mortgage-backed securities», ou MBS, ces sortes de sandwiches multicouches mêlant des actifs de qualité variable dont la moins bonne, la tranche des «subprime», devait précipiter le monde entier dans la pire crise d’après-guerre.

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  • Les taux bas sont faits pour durer

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    Jamais depuis au bas mot 150 ans les taux d’intérêt, toutes échéances et origines confondues, n’ont été aussi bas. Cela, on pouvait le supputer, tant les politiques monétaires engagées depuis la crise de 2008 et son cortège de faillites en tout genre ont littéralement noyé les marchés sous un flot de liquidités censées les prémunir contre tout risque de répétition d’aussi funestes enchaînements.

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  • Dumpings salarial, locatif... Mieux vaut être dedans que dehors

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    Largement répandu dans les années trente au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, le système dit du «closed shop» réservait l’embauche aux membres de syndicats reconnus. Peu à peu interdite au nom de la liberté de contracter, cette façon de fermer l’emploi aux travailleurs venus du dehors fait irrésistiblement penser, toutes choses bien sûr égales par ailleurs, à diverses politiques en cours aujourd’hui dans divers pays dont singulièrement la Suisse, censées lutter contre le dumping salarial, protéger le pouvoir d’achat, empêcher la concurrence forcément déloyale de pays lointains, bref, toutes formes de remise en cause de ce qu’il faut bien appeler un cloisonnement du marché du travail.

    La différence essentielle d’avec les pratiques d’hier est évidemment qu’aujourd’hui un tel cloisonnement n’est pas condamné, mais au contraire soutenu jusque dans les rangs patronaux, pour la raison vraisemblable mais inavouée que ceux-ci y trouvent un moyen de se prémunir contre la sous-enchère de compétiteurs externes.

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  • Médecins au chevet de la prochaine crise

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    Le débat qui s’intensifie au sujet des intérêts négatifs est révélateur du désarroi qui règne chez les économistes. Comment expliquer que les liquidités mises à disposition des intermédiaires bancaires par le truchement de politiques monétaires extraordinairement accommodantes n’alimentent pas le crédit aux entreprises, mais continuent d’être parquées en réserves stériles auprès des banques centrales en dépit des pénalités qui les frappent désormais? Des taux directeurs quasi nuls voire inférieurs à zéro, innovation radicale dans l’arsenal de la lutte anti-crise, ont certes permis de maintenir la dette publique dans des proportions supportables (puisqu’ils n’en alourdissent pas le service, alors même qu’elle continue de grandir), mais c’est là une maigre consolation face à la montagne de difficultés que signifiera le retour à la normale.

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