Le blog de Marian Stepczynski

  • En route vers la parité ?

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    Mine de rien, la Banque nationale suisse s’accommode d’un recul progressif de l’euro, tombé ces derniers jours à 1.06 franc, c’est-à-dire à un niveau qui, il n’y a pas si longtemps de cela, aurait fait hurler les exportateurs, et qui, quelques années plus tôt et à quelques décimales près (on s’était même approché à une occasion de la parité), avait justifié l’introduction momentanée d’un cours plancher.

    Pour expliquer ce qui ressemble à un abandon ou à une manifestation d’impuissance face aux forces du marché, on invoque généralement un différentiel d’inflation qui amenuise peu à peu la surévaluation effective du franc, sans compter l’œil sévère que Washington porte à nouveau sur la Suisse, soupçonnée de manipuler le cours de change de sa monnaie.

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  • L’économie américaine va bien. Vraiment ?

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    Les budgets, Donald Trump n’en a cure. Alors que, sous l’administration Obama et même avant, leur présentation était l’occasion de conférences de presse solennelles, le président actuel ne cache pas son peu de considération pour les chiffres. Lors d’un dîner réunissant en janvier des donateurs à Mar-a-Lago, sa résidence d’hiver en Floride, il aurait même déclaré, selon une fuite rapportée par le Washington Post : «Qui diable se soucie du budget? Nous allons redresser ce pays».

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  • Après les Ninja EN 2007, qui déclenchera la prochaine crise?

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    Une crise, financière comme il se doit, commence toujours par un événement marginal. En 2007, ce fut l’effondrement localisé du marché des subprimes, cette frange de prêts hypothécaires accordés à des «NINJA» (no income, no job, no assets), ces ménages américains ne disposant ni de revenus ni d’avoirs suffisants pour honorer une dette hypothécaire, qui contamina ensuite via la titrisation de créances pourries fautivement classées AAA l’ensemble du système bancaire domestique puis, par ricochet, celui du reste du monde.

    Précédemment dans l’histoire, le krach de Wall Street d’octobre 1929 s’en était pris en 1931, l’étalon-or aidant, à une banque autrichienne, la Creditanstalt, qui fit faillite et entraîna dans son sillage la totalité de l’économie et de la finance européennes. Aujourd’hui, le déclencheur d’une nouvelle crise pourrait être, pense-t-on le plus souvent, la cascade de blocages (des frontières, des transports, du tourisme) générés par l’épidémie de coronavirus 2019-nCoV, qui paralyse effectivement, dans un monde d’échanges à flux tendus, la plupart des chaînes de valeur manufacturières.

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  • Ma caisse de retraite recherche dette, désespérément

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    Lorsque l’incertitude règne, il est assez normal que l’on réfugie ses avoirs dans des valeurs sûres. Or, l’univers des placements financiers ne compte pas une infinité de choix en la matière. On les compterait même, ces choix, sur les doigts d’une seule main : à part les métaux précieux (encore que la plupart d’entre eux fluctuent beaucoup trop pour offrir en tout temps une sécurité adéquate), il n’y a guère que les titres de dette émis par des Etats inspirant confiance qui satisfassent au critère.

    On comprend donc que les individus et les organismes collectifs appelés à gérer des fonds de manière à la fois précautionneuse et si possible rentable se bousculent à l’émission de nouveaux emprunts publics, voire se tournent faute de mieux vers le marché secondaire, la Bourse, pour y acheter ce qui s’y présente quitte à en faire monter les cours.

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  • Cours du franc : le Big Mac a parlé

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    Que le franc soit surévalué, personne ne le conteste. Mais de combien? Là, les estimations divergent, car il y a le cours nominal, le cours réel (inflation déduite, mais il y a deux déflateurs : les prix à la consommation et les prix à la production…), le cours pondéré par le pouvoir d’achat (la fameuse «parité des pouvoirs d’achat», ou PPA, obtenue quand on corrige le cours nominal au moyen d’un indicateur tel, par exemple, que le produit intérieur brut par personne).

    Sans compter que le cours du franc par rapport au dollar n’est évidemment pas le même que son cours face à l’euro, au yen japonais, à la livre sterling, au dollar canadien, à la couronne danoise, etc., sans parler de l’indice du cours de change effectif, nominal ou réel, total ou partiel, par rapport aux monnaies des principaux partenaires commerciaux…

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  • Fixettes d’ici et d’outre-Jura

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    Bien qu’il existe presque autant de régimes de retraite que de pays, tous reposent en définitive sur le même principe : réserver aux retraités une part de la richesse créée par le travail des actifs. Que les rentes assurées le soient par répartition (les cotisations des actifs financent les rentes en cours) ou par capitalisation (les cotisations accumulées pendant la vie active, égales à une épargne forcée, financent les rentes au moment de la retraite) ne change rien à l’affaire. Il y a, dans les deux cas, une solidarité intergénérationnelle, puisque actifs et retraités partagent le même gâteau, aujourd’hui comme ils le feront demain.

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  • La face cachée de la Lune

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    Le débat quasi universel sur la réforme des retraites occulte un point pourtant essentiel. S’il est bien sûr important, vital même, de résoudre la question du financement de la prévoyance, étroitement lié comme on sait à l’évolution démographique, on néglige le plus souvent d’en étudier les répercussions sur le marché du travail. De sorte que lorsque paraît la moindre étude sur le sujet, l’étonnement est aussi grand que si l’on venait de découvrir la lune.

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  • Les travaux d’Hercule, version 2020

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    Outre la lutte contre le réchauffement, consigne mobilisatrice des foules à propulsion plus verte que jamais, l’année qui vient s’annonce aussi riche en tâches que celles infligées au héros mythique de l’Antiquité. Qu’on y songe : il faudra pour commencer, et pas seulement en France, venir à bout des résistances à la réforme des retraites. Puis, d’une manière ou d’une autre, il s’agira d’empoigner la question de la dette, en voie de débordement si ce n’est déjà le cas, de pratiquement tous les Etats de la partie latine du globe. On la fera même précéder, car plus grave dans ses conséquences systémiques, de celle de la dette des entreprises non bancaires, voisine par endroits des niveaux atteints à la veille des plus grandes crises de l’histoire. 

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  • Le e-franc, c’est plié. Pour l’instant ?

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    Enterrée, donc, l’idée d’une monnaie électronique de banque centrale  destinée au public*. S’il peut à la rigueur se justifier de créer un franc électronique, ce ne peut être en l’état, estime le Conseil fédéral, qu’à l’intention de l’échelon intermédiaire, savoir celui des banques et d’autres grossistes du marché financier. C’est sans doute raisonnable, mais c’est un peu dommage. Pourquoi se fermer à une évolution technologique qui finira bien un jour par s’imposer ?

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  • Paul Volcker, un banquier central entré dans la légende

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    Trois mois avant son décès, le 8 décembre dernier, à l’âge de 92 ans, Paul Volcker, qui présida la Réserve fédérale américaine sous les administrations Carter et Reagan, exprimait dans les colonnes du Financial Times sa profonde inquiétude sur l’évolution de son pays en général et de ses institutions en particulier. «Jamais depuis la fin de la seconde guerre mondiale, écrivait-il ainsi dans cette postface à une prochaine réédition de son autobiographie, nous n’avons vu un président chercher si ouvertement à dicter sa politique à la Fed. C'est un sujet de grande préoccupation».

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  • La révolution des monnaies est en marche

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    L’avènement des crypto-monnaies ne soulève pas une vague d’enthousiasme chez les banques centrales, tant s’en faut. Car ces nouveaux moyens d’échange représentent ni plus ni moins qu’une attaque frontale contre un système de paiement à deux étages (celui des banques commerciales qui recueillent les dépôts du public, et celui des banques centrales qui, fortes de leur monopole, régulent la liquidité de l’ensemble) de moins en moins apte à se conformer aux exigences de la numérisation en marche de l’économie.

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  • L’effet paradoxal des taux bas

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    Les bas taux d’intérêt ont un effet paradoxal sur le marché immobilier. On pourrait penser qu’ils facilitent l’accès à la propriété, or ils ont pour conséquence essentielle de favoriser la construction de logements locatifs, et par là de réduire la part de logements destinés à la vente. Moins nombreux qu’il n’en faudrait pour répondre à la demande, ces derniers deviennent par conséquent encore plus chers.

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  • Le canton de Genève n'a pas besoin de LUP

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    Abdoul, nommons-le ainsi, est un aide-soignant souriant, dynamique et efficace. Son salaire, correct, lui permet d’envoyer un peu d’argent à sa famille. Mais il aimerait aussi, au lieu de continuer de payer un loyer élevé, s’acheter un petit studio, ce qui lui reviendrait bien moins cher. Et lui permettrait de réaliser son rêve : celui de fonder un jour, au Burkina, un centre de formation pour les jeunes de sa région. En revendant le studio le moment venu, il en aurait les moyens. Malheureusement, même loin du centre, les prix de l’immobilier lémanique restent hors de portée. Sans compter que les banques ne sont pas prêtes à lui accorder tout le crédit nécessaire.

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  • L’erreur monétaire de la réunification allemande

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    La remémoration de la chute du Mur, prélude à la réunification, est aussi l’occasion de se pencher sur les conditions dans lesquelles s’opéra l’union monétaire entre les deux Allemagne.

    Il sautait alors aux yeux que l’économie est-allemande, centralement planifiée, aussi inefficace que gaspilleuse de ressources matérielles et humaines, ne supporterait pas le choc d’une intégration immédiate. Aussi les experts de tous bords, d’un côté comme de l’autre de ce qui était encore une frontière, avaient-ils imaginé un passage graduel à la monnaie unique – soit, en clair, le remplacement de l’Ostmark par le D-Mark – couronnant et non précédant un rapprochement économique entre la République fédérale et la RDA.

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  • On cherche responsables de la crise

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    «Au final, qui est responsable de tout ce désordre financier ?» se demande ce correspondant qui, comme beaucoup d’autres observateurs inquiets de la tournure des événements, est à la recherche de «personnes, entités ou institutions capables de remettre le bateau à flot».

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  • Ce trop-plein d’épargne a des causes évidentes

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    Ce qui, normalement, pousse les actions vers le haut, c’est la perspective de bénéfices futurs en hausse, et donc de dividendes plus élevés. Or l’économie mondiale vacille plutôt qu’elle ne croît, de sorte que les promesses de rendement sont en train de s’affadir. Comment alors expliquer l’excellente tenue des marchés boursiers, qui depuis le début de l’année affichent une performance en complet décalage avec les prévisions conjoncturelles ?

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  • Ce Nobel pour les pauvres (et pour d’autres ?)

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    L’attribution du prix de sciences économiques de la Banque royale de Suède en mémoire d’Alfred Nobel, dit prix Nobel d’économie, à trois représentants de la recherche en économie comportementale, n’a pas fait que d’enthousiastes commentateurs.

    L’un des trois lauréats en particulier, la franco-américaine Esther Duflo, avait même été auparavant assez sèchement éreintée dans un ouvrage paru l’an dernier*, où l’auteur écrivait en plusieurs endroits tout le mal qu’il pensait des chercheurs de cette espèce.

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  • Pologne: où le populisme, hélas, paie

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    En Pologne, on appelle cela «kiełbasa wyborcza», littéralement «saucisse électorale». Fort, déjà, d’une popularité insurpassable, le parti au pouvoir PiS (Droit et Justice) avait multiplié les promesses électorales pour s’assurer la victoire la plus large possible aux élections parlementaires du 13 octobre: 500 złotys mensuels de plus pour les familles mettant au monde un premier enfant (jusqu’ici, le cadeau ne valait qu’à partir du deuxième enfant), abaissement de l’âge de la retraite (ramené à 65 ans pour les hommes et 60 ans pour les femmes), doublement du salaire minimum, exonération d’impôt sur le revenu pour les jeunes de moins de 26 ans, etc. etc.

    Bien lui en a pris, puisque la victoire s’annonce effectivement écrasante. Il y aura donc beaucoup à méditer sur l’usage électoral des saucisses, en Pologne comme ailleurs. Même si, à la différence d’autres expériences populistes, celle qui est menée dans ce cas a ceci de remarquable qu’elle est le fait d’un parti constant dans sa ligne et qui, surtout, tient ses engagements, parole d’électeurs.

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  • Contre Super Mario: du rififi chez les banquiers centraux

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    Jusqu’ici, la critique du laxisme monétaire avait été le fait de voix isolées. Désormais, elle s’exprime ouvertement et collectivement : un groupe de six ex-banquiers centraux et anciens chefs économistes de la Banque centrale européenne (BCE), soutenus par deux anciens gouverneurs de la Banque de France, dénoncent dans un mémorandum publié urbi et orbi la semaine dernière la politique d’«assouplissement quantitatif» menée par l’institution, et s’attaquent en particulier à la décision prise, lors de la dernière séance de son conseil, de reprendre les achats massifs d’obligations d’Etat afin d’atteindre l’objectif déclaré de «maintenir l’inflation annuelle au-dessous, mais à un niveau proche, de 2%».

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  • Ces Allemands qui désertent la BCE

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    On sait le peu d’estime que les Allemands portent à la politique suivie par la BCE depuis que Mario Draghi en assume la présidence. Ils lui reprochent principalement de favoriser, par un laxisme monétaire à leur avis éhonté, des comportements budgétaires à mille lieues de l’orthodoxie, unique garante selon eux de l’intégrité de la zone euro.

    Un Hans-Werner Sinn par exemple, président de l'Institut für Wirtschaftsforschung, ne manque aucune occasion de dénoncer le grossissement démesuré des balances de Target2, ce système de règlement brut des paiements en temps réel entre banques centrales nationales de l’Eurosystème, qui permet à celles-ci de répondre sans limite précise, et sans jamais en régler les soldes, aux besoins des banques commerciales – d’où son surnom de «fosse à liquidités».

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