21/03/2019

Finance imaginative, Acte II

Il y avait eu, d’abord, les techniques tout à fait particulières de la comptabilité créative qui, après l’éclatement de la bulle Internet, s’étaient soldées par la faillite du géant américain Enron et les déboires consécutifs de plusieurs de ses partenaires, dont celle d’Arthur Andersen. Mais cela ne fut rien en comparaison de ce que l’imagination débordante de la galaxie financière allait réussir quelques années plus tard à créer avec la titrisation de créances hypothécaires, les fameuses «mortgage-backed securities», ou MBS, ces sortes de sandwiches multicouches mêlant des actifs de qualité variable dont la moins bonne, la tranche des «subprime», devait précipiter le monde entier dans la pire crise d’après-guerre.

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14/03/2019

Les taux bas sont faits pour durer

Jamais depuis au bas mot 150 ans les taux d’intérêt, toutes échéances et origines confondues, n’ont été aussi bas. Cela, on pouvait le supputer, tant les politiques monétaires engagées depuis la crise de 2008 et son cortège de faillites en tout genre ont littéralement noyé les marchés sous un flot de liquidités censées les prémunir contre tout risque de répétition d’aussi funestes enchaînements.

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07/03/2019

Dumpings salarial, locatif... Mieux vaut être dedans que dehors

Largement répandu dans les années trente au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, le système dit du «closed shop» réservait l’embauche aux membres de syndicats reconnus. Peu à peu interdite au nom de la liberté de contracter, cette façon de fermer l’emploi aux travailleurs venus du dehors fait irrésistiblement penser, toutes choses bien sûr égales par ailleurs, à diverses politiques en cours aujourd’hui dans divers pays dont singulièrement la Suisse, censées lutter contre le dumping salarial, protéger le pouvoir d’achat, empêcher la concurrence forcément déloyale de pays lointains, bref, toutes formes de remise en cause de ce qu’il faut bien appeler un cloisonnement du marché du travail.

La différence essentielle d’avec les pratiques d’hier est évidemment qu’aujourd’hui un tel cloisonnement n’est pas condamné, mais au contraire soutenu jusque dans les rangs patronaux, pour la raison vraisemblable mais inavouée que ceux-ci y trouvent un moyen de se prémunir contre la sous-enchère de compétiteurs externes.

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07:21 Publié dans Air du temps, Concurrence, gouvernance, salaires, revenus | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |

27/02/2019

Médecins au chevet de la prochaine crise

Le débat qui s’intensifie au sujet des intérêts négatifs est révélateur du désarroi qui règne chez les économistes. Comment expliquer que les liquidités mises à disposition des intermédiaires bancaires par le truchement de politiques monétaires extraordinairement accommodantes n’alimentent pas le crédit aux entreprises, mais continuent d’être parquées en réserves stériles auprès des banques centrales en dépit des pénalités qui les frappent désormais? Des taux directeurs quasi nuls voire inférieurs à zéro, innovation radicale dans l’arsenal de la lutte anti-crise, ont certes permis de maintenir la dette publique dans des proportions supportables (puisqu’ils n’en alourdissent pas le service, alors même qu’elle continue de grandir), mais c’est là une maigre consolation face à la montagne de difficultés que signifiera le retour à la normale.

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20/02/2019

Qui ne paie pas ses dettes s’enrichit

A l’instar de quelques rares autres pays, l’Espagne et les Pays-Bas notamment, la Suisse impose la valeur locative des logements habités par leurs propriétaires. Depuis une vingtaine d’années, la proposition d’abandonner cette singularité fiscale ou d’en modifier la nature a été soumise au vote populaire, sans jamais réussir à convaincre un électorat essentiellement constitué, il faut le dire, de locataires. Ce qui n’a manifestement pas découragé les partisans de sa suppression de revenir à la charge, puisque la Commission de l’économie et des redevances du Conseil des Etats vient de déposer une initiative parlementaire visant à la faire disparaître, moyennant divers aménagements susceptibles d’emporter cette fois-ci l’adhésion d’une majorité.

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06:48 Publié dans Démocratie, Dette, Finances | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

13/02/2019

Géants en manque d’inspiration

On croit généralement que les très grandes entreprises – les “super star firms” comme on les appelle aux Etats-Unis – brillent par leur puissance, leur créativité, leur capacité à dégager des excédents qui ruissellent ensuite sur l’ensemble de l’économie. Or la réalité est un peu différente. Dans une étude qui vient de paraître, deux chercheurs de la New York University* montrent que ces étoiles ne brillent plus vraiment au firmament, mais mériteraient plutôt d’être qualifiées de “fading stars”. Loin de la stimuler, leur contribution à la croissance de la productivité, aux Etats-Unis du moins, a en effet baissé de près de 40% depuis le début des années 2000. Elle serait même, s’agissant de leur contribution à l’augmentation de la productivité totale des facteurs (celle qui ne résulte pas d’un recours accru au travail et au capital), tombée carrément à zéro. Ce qui remet en cause pas mal d’idées reçues sur les bienfaits réels ou supposés des géants de l’économie.

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07/02/2019

Le retour en grâce d’une relique barbare

Le «London Gold Pool» du 1er novembre 1961 ne vous dit peut-être rien, pas davantage sans doute que le «Joint Statement on Gold» du 26 septembre 1999. Ce sont là pourtant deux événements charnières de la longue et tumultueuse histoire des relations entre l’or et le système monétaire international. Le «pool de l’or», formé par les banques centrales des Etats-Unis et de sept pays européens dont la Suisse, fut l’une des ultimes tentatives de sauver le régime des changes fixes fondé sur un prix inchangé de l’or à 35 dollars l’once. Quant à l’accord sur les ventes d’or de 1999 conclu entre quinze banques centrales européennes dont la BNS, il visait à stabiliser un marché chahuté par la perspective d’une liquidation progressive des réserves officielles d’or monétaire vaguement encouragée par le FMI, qui allait lui-même y recourir quelques années plus tard pour financer ses programmes d’aide. Il faut préciser que l’once d’or était tombée alors à 251 dollars, après avoir touché un sommet de 850 dollars en janvier 1980.

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30/01/2019

Et s’il fallait regarder ailleurs ?

Le sentiment général veut que l’économie dans son ensemble, pays émergents compris, s’enfonce peu à peu dans une léthargie faite de repli sur soi, de craintes diffuses et d’aversion au risque. Le recul ou plutôt le ralentissement de la mondialisation, de même que celui de la croissance qui en résulte, sont des faits que les prévisions conjoncturelles, à commencer par celles publiées par le FMI, officialisent en quelque sorte. Peu de choses nous sépareraient d’une véritable récession, tant les fragilités sont nombreuses : endettement global d’ampleur inédite, tensions commerciales, systèmes bancaires sous perfusion, marchés immobiliers au bord de l’apoplexie.

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24/01/2019

Comme la chèvre de Monsieur Seguin

Éprise de liberté telle la chèvre de monsieur Seguin, la Suisse n’en finit pas de batailler pour tenir à distance l’accord institutionnel que l’Europe entend lui faire accepter. Point principal d’achoppement, l’entorse à la libre circulation des personnes en la forme d’un ajustement des mesures d’accompagnement existantes, demandé par Bruxelles mais catégoriquement refusé par les syndicats, qui y voient une menace sur le niveau des salaires. Ce caillou dans la chaussure est en quelque sorte l’équivalent pour nos diplomates de ce que la frontière entre l’Irlande et les six comtés unionistes d’Ulster implique pour les négociateurs du Brexit : une probabilité nulle de s’accorder, une impossibilité d’aboutir, de permettre que deux parallèles se rejoignent avant l’infini…

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16/01/2019

Le Désert des Tartares, version finance

La planète économique et financière vit un étrange paradoxe. Comme dans le roman de Dino Buzzati où le lieutenant Giovanni Drogo attend un ennemi qui ne vient jamais, on se prépare, dans la vaste communauté des métiers de la finance, à un nouveau krach qui déclencherait une crise profonde et durable. Or rien ne se passe. “What will cause the next US recession?”, s’interroge par exemple en vain le néo-keynésien Brad DeLong. Et dans son article intitulé “Risks to the global economy in 2019”, le spécialiste des crises bancaires Kenneth Rogoff égrène tout aussi vainement les raisons de s’attendre au pire.

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09/01/2019

2019, année de la monnaie

L’euro n’a jamais eu la cote chez les économistes, qui l’ont considéré dès sa naissance comme condamné à disparaître à la première occasion, car conçu à rebours du bon sens. Au lieu de parachever une harmonisation des politiques budgétaires et une nécessaire union bancaire, donc d’intervenir au dernier stade de l’intégration économique, la création de la monnaie unique les a précédées, comme si elle pouvait forcer la main de gouvernements restés maîtres chez eux.

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06:01 Publié dans Banques, Banques centrales, Chômage, Croissance, Futur, Monnaie, suisse, Union européenne | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

19/12/2018

2008, crise «transatlantique»

Elles n’ont pas été prises la main dans le sac, puisqu’il aura fallu dix ans pour établir définitivement leur part de responsabilité dans l’ampleur prise par la crise des subprime. Elles, ce sont les grandes banques européennes, suisses, britanniques et allemandes pour être précis, qui ont massivement – bien plus massivement, toutes proportions gardées, que les banques américaines – tricoté ces produits adossés à des hypothèques de basse qualité, dont la perte brutale de valeur a déclenché la pire crise financière que le monde ait connue depuis les années trente.

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07:33 Publié dans Banques, Croissance, Dette, Etats-Unis, Finances, gouvernance, Taux d'intérêt | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

12/12/2018

Après les taux bas, retour du franc fort ?

Le petit monde de la finance attend avec une certaine fébrilité ce que la direction générale de la Banque nationale suisse va annoncer jeudi, à l’occasion de sa conférence de presse trimestrielle de décembre. Les exégètes de la politique monétaire helvétique ne s’attendent pas à de grands changements et prédisent que la BNS va maintenir le cap qu’elle suit avec constance depuis des mois. On perçoit néanmoins ici et là de premiers appels à un resserrement des liquidités plus rapide que celui auquel l’Institut d’émission semble se préparer, avec un premier relèvement des taux programmé dit-on pour l’an prochain.

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05/12/2018

Emmanuel Macron, Gorbatchev français ?

Une France au bord de l’insurrection est un vrai mystère. Par quelque bout que l’on considère le problème, il n’y a aucune raison, statistiquement documentée, de voir dans l’explosion de colère des gilets jaunes le résultat d’inégalités ou d’atteintes au niveau de vie particulièrement criantes.

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28/11/2018

La Banque nationale a des soucis de riches

La Banque nationale suisse est en principe, sous toutes les coutures légales et réglementaires, une institution indépendante qui ne reçoit d’ordres de personne et s’emploie uniquement à remplir son mandat constitutionnel. Elle mène donc «une politique monétaire servant les intérêts généraux du pays» (Cst. art. 99 al. 2). Les circonstances l’ont cependant amenée non pas à s’écarter de ce mandat, mais à donner à la notion d’intérêt général un sens plus large que celui auquel on avait l’habitude de se référer.

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21/11/2018

L’idée sulfureuse des crypto-monnaies

Les crypto-monnaies ont beaucoup pour plaire : elles sont nouvelles, donc excitantes (“hype”), basées sur le numérique, donc dans l’esprit du temps, et indépendantes des autorités monétaires, ce qui leur donne cette touche libertaire dont raffolent les jeunes générations. Mais à quoi servent-elles ?


A rien, diront les sceptiques, ou tout au plus à faire fonctionner des réseaux privatifs sans beaucoup d’importance pour la majorité des usages inhérents aux vraies monnaies, celles émises par des banques centrales au bénéfice d’un monopole de l’émission de moyens de paiement ayant cours légal.

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14/11/2018

Les "somnambules du XXIe siècle", version économique

Les «somnambules du XXIe siècle» (la formule est d’Emmanuel Macron, lors de la campagne présidentielle) n’arpentent pas seulement la scène politique. On les rencontre aussi sur le terrain économique, qu’ils minent à force de contre-vérités et d’initiatives malencontreuses et risquent d’entraîner dans la crise. La mise en pièces du multilatéralisme, la méfiance à l’endroit de la construction européenne, le repli sur soi et le rejet de l’immigration en sont les principales manifestations, à l’Est du continent comme aussi dans nos riches démocraties occidentales. Il ne faut pas se leurrer : la Suisse est tout autant frappée par le phénomène que ses voisins.

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06:47 Publié dans Air du temps, Chômage, Croissance, Financement des retraites | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

07/11/2018

L’Amérique, danger numéro un

Quel que soit le résultat des élections de mi-mandat, la brutalité avec laquelle le président américain s’emploie à déstabiliser l’ordre économique mondial n’augure rien de bon. C’est le douloureux paradoxe de la situation actuelle. Que les Républicains l’emportent ou que les Démocrates fassent basculer la majorité à la Chambre, Donald Trump s’ingéniera, dans la mesure plus ou moins élargie de ses prérogatives, à durcir encore le ton et le contenu de son assaut contre tout ce qui pourrait s’opposer à son projet isolationniste et protectionniste, répété à l’envi, d’«America first».

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10/10/2018

Banques et autres zombies

La persistance de taux d’intérêt extrêmement bas, cette anomalie, héritée de la crise, voulue par les banques centrales, a permis d’éviter le pire. Mais elle a aussi eu pour effet de laisser subsister des entreprises qui auraient dû logiquement disparaître. Les unes parce que, surendettées, elles auraient été asphyxiées en temps normal par des taux plusieurs fois supérieurs. Les autres, parce que cet argent trop bon marché, faussant les calculs, a masqué leur incapacité à rejoindre le minimum de rentabilité nécessaire à leur survie dans la durée. Toutes forment ce qu’on pourrait appeler un cortège de zombies, ensemble de pièces défectueuses logiquement promises au rebut, mais que les circonstances ont maintenues artificiellement en état de marche.

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03/10/2018

Le "De l’autre côté de la rue" de Macron

En assurant à un jeune chômeur horticulteur qu’il lui suffirait de traverser la rue pour trouver du travail, Emmanuel Macron a déclenché une avalanche de sarcasmes sur les réseaux sociaux. Avait-il tout tort ? Si les internautes s’en sont donné à cœur joie, la réalité, en apparence en tout cas, n’est pas si éloignée que cela de la leçon présidentielle. La France souffre en effet, comme beaucoup d’autres pays, de la coexistence d’un chômage persistant et d’une importante offre d’emplois non satisfaite.

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