10/10/2018

Banques et autres zombies

La persistance de taux d’intérêt extrêmement bas, cette anomalie, héritée de la crise, voulue par les banques centrales, a permis d’éviter le pire. Mais elle a aussi eu pour effet de laisser subsister des entreprises qui auraient dû logiquement disparaître. Les unes parce que, surendettées, elles auraient été asphyxiées en temps normal par des taux plusieurs fois supérieurs. Les autres, parce que cet argent trop bon marché, faussant les calculs, a masqué leur incapacité à rejoindre le minimum de rentabilité nécessaire à leur survie dans la durée. Toutes forment ce qu’on pourrait appeler un cortège de zombies, ensemble de pièces défectueuses logiquement promises au rebut, mais que les circonstances ont maintenues artificiellement en état de marche.

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03/10/2018

Le "De l’autre côté de la rue" de Macron

En assurant à un jeune chômeur horticulteur qu’il lui suffirait de traverser la rue pour trouver du travail, Emmanuel Macron a déclenché une avalanche de sarcasmes sur les réseaux sociaux. Avait-il tout tort ? Si les internautes s’en sont donné à cœur joie, la réalité, en apparence en tout cas, n’est pas si éloignée que cela de la leçon présidentielle. La France souffre en effet, comme beaucoup d’autres pays, de la coexistence d’un chômage persistant et d’une importante offre d’emplois non satisfaite.

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06:04 Publié dans Air du temps, Chômage, Démocratie, Emploi | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Facebook | | |

26/09/2018

La vérité sur la finance de l’ombre  

On n’a pas réalisé qu’en renforçant la réglementation du secteur bancaire pour éviter la répétition des événements ayant conduit à la crise de 2007-2008, on allait ouvrir encore plus grande la porte aux acteurs toujours plus nombreux du «shadow banking». Cette finance de l’ombre ne dissimule rien d’illégal ni de criminel. Elle recouvre simplement les activités d’intermédiation financière menées en dehors des banques par tout ce que le monde compte d’institutions non bancaires : compagnies d’assurance, caisses de pensions, fonds d’investissement, hedge funds, opérateurs du «private equity», sociétés d’affacturage, de leasing, mais aussi services publics, constructeurs automobile, émetteurs de cartes de crédit, etc., etc.

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19/09/2018

Vers la fin d’un drôle d’objet fiscal ?

La Suisse est, avec l’Islande, le Luxembourg, les Pays-Bas et la Slovénie, l’un des rares pays à taxer la valeur locative des biens immobiliers occupés par leur propriétaire. Cette singularité a pourtant une solide justification économique: la jouissance de son propre logement constitue un revenu en nature, équivalant au loyer que paierait le locataire d’un même logement. Mais l’égalité de traitement s’arrête là.

Elle ne dit rien du coût, en capital, du bien immobilier en question et de son mode de financement, et s’accompagne de fait d’une discrimination entre logements intégralement financés par des fonds propres et logements hypothéqués, puisque les intérêts de la dette hypothécaire sont entièrement déductibles du revenu imposable. Raison pour laquelle les propriétaires occupant leur propre logement sont fiscalement incités à ne pas rembourser leurs hypothèques, et participent ainsi au fait que la Suisse est la championne du monde de l’endettement hypothécaire mesuré par rapport au produit intérieur brut.

A fin 2016, l’endettement hypothécaire des ménages, toutes formes de propriété immobilière confondues, s’élevait à 783 milliards de francs (pour un PIB de 660 milliards), soit plus de 40% de la valeur de marché de leurs biens immobiliers, estimée par la Banque nationale suisse à 1’899 milliards.

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12/09/2018

Le pour et le contre d’une banque postale

Le compte de chèque postal, le fameux CCP, est sans doute pour la plupart des gens leur tout premier contact avec le monde des services financiers. Il collecte leurs petites économies, accompagne chaque mois de ses bulletins orange (autrefois vert…) leurs factures de loyer et d’électricité, et relaie ainsi une multitude de versements et de virements dont il consigne encore souvent les «récépissés» dans ces inénarrables petits carnets jaune. En Suisse comme partout ailleurs, la Poste s’est tôt imposée comme un important opérateur du trafic des paiements. Son «Service des chèques et des virements postaux», né en 1906, a même précédé celui de l’Allemagne, lancé en 1908, et commencé ainsi à fonctionner bien avant son équivalent français, qui date de 1918.

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06:48 Publié dans Banques, Capital, Concurrence, gouvernance, suisse | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

05/09/2018

L’économie de Trump, ou le vol d’Icare

L’image est jolie. Sur le site de référence de Project Syndicate (une organisation à but non lucratif fondée en 1994 à Prague et regroupant une kyrielle de commentateurs dans plus de 150 pays), une batterie d’économistes américains réputés décrivent en long et en large ce qu’ils appellent «The Icarus Economy», ou comment la brillante performance économique dont l’actuel président des Etats-Unis s’enorgueillit à longueur de tweets risque de s’interrompre, tel le vol d’Icare, victime d’erreurs et de maladresses commises par son concepteur dans l’ignorance des règles les plus fondamentales de la gravité.

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07:37 Publié dans Concurrence, Croissance, Etats-Unis | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

29/08/2018

Les turqueries de Donald Trump

Entre le président américain et l’autocrate au pouvoir à Ankara, il n’y a pas grand-chose de commun, sinon une même et profonde aversion pour tout ce qui viendrait contrecarrer leurs projets respectifs de grandeur, et singulièrement leur désir d’apposer leur marque sur des économies qui seraient maintenues grâce à eux en perpétuelle croissance. Côté turc, l’exercice est raté, non seulement en raison des sanctions imposées par Washington pour les motifs qu’on connaît, mais aussi parce que l’économie turque, frappée depuis des années de déséquilibres qui n’ont cessé d’augmenter, est au surplus malmenée par les visions absconses d’un président fâché avec les mécanismes monétaires les plus élémentaires.

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07:16 Publié dans Banques centrales, Dette, Etats-Unis, Inflation/déflation, Taux d'intérêt | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

23/08/2018

Les déficits, une histoire d’œuf et de poule

La France affiche régulièrement des déficits commerciaux, que l’on explique généralement par la faiblesse de sa compétitivité, le manque d’originalité de sa production industrielle, ou encore l’insuffisance de son épargne. Mais tout cela passe à côté d’un problème plus général, estiment certains économistes français, qui rejoignent sur ce point ceux de leurs collègues américains qui voient dans l’excès d’épargne du reste du monde, tous pays confondus, la cause première du déficit extérieur des Etats-Unis. Dans le cas de la France, postule un chroniqueur des Echos, cest essentiellement l’Allemagne, avec son énorme et persistant excédent courant, qui serait la contrepartie nécessaire, et dans une certaine mesure causale, du déficit commercial qu’enregistre, année après année, l’économie française.

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14:29 Publié dans Croissance, Dette, Finances publiques, gouvernance | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

15/08/2018

La crise turque, comme un air de déjà-vu

L’égotisme des autocrates les conduit en général à se sentir plus forts que tout. C’est ainsi que le président Recep Tayyip Erdoğan rejoint dans l’illusion du pouvoir sur les événements son contemporain chaviste Maduro, avec lequel il entretient au demeurant les meilleures relations. La descente aux enfers de la livre turque (-70% par rapport au dollar depuis le début de l’année) ressemble d’ailleurs de plus en plus à celle du bolivar vénézuélien, qui ne vaut plus grand chose sur le marché des changes (à peine 0,1 dollar). Car, les mêmes causes produisant les mêmes effets, les politiques absconses suivies tant au Venezuela qu’en Turquie devaient fatalement aboutir à l’explosion des déficits et à l’inflation dans les deux pays  – hors de contrôle chez le premier, en passe de le devenir aussi chez le second, à moins d’un revirement déchirant des options prises lorsqu’on pouvait encore croire aux miracles, mais qu’on pourrait abandonner maintenant qu’il ne reste plus que celle de frapper à la porte du FMI.

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07:23 Publié dans Air du temps, Banques, Croissance, Etats-Unis, gouvernance, Monnaie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

08/08/2018

L’immigration, ou la corde sensible

Les populistes de tous pays et de toutes tendances politiques ont un point commun : ils jouent sur la corde de l’immigration pour gagner en influence et obtenir le pouvoir. Et n’allons pas croire que la Suisse fait ici exception ; son premier parti politique, en nombre de voix glanées en presque toutes circonstances référendaires, axe systématiquement ses campagnes, que ce soit de manière directe (l’initiative «contre l’immigration de masse») ou indirecte («le droit suisse au lieu de juges étrangers»), sur un argumentaire faisant de l’immigration le principal facteur responsable de tous les déséquilibres existants ou à venir en matière financière, sociale, sanitaire, judiciaire, sécuritaire et j’en passe.

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01/08/2018

Raiffeisen: de l’utilité des coopératives

Les turbulences récemment traversées par Raiffeisen démontrent à quels désagréments peut conduire la forme coopérative lorsqu’elle s’applique au monde de la finance. Le troisième groupe bancaire helvétique ne doit bien entendu pas les mésaventures qu’il a connues à sa seule forme juridique. D’autres banques, et non des moindres, ont eu affaire à des tracas d’une autre envergure, alors même qu’elles constituaient des sociétés anonymes pur sucre – que l’on songe simplement aux circonstances ayant entouré la fusion entre UBS et SBS, ou aux déboires d’autres mastodontes telle la Deutsche Bank. Mais se rappelle-t-on encore des péripéties qui avaient conduit à l’époque la Banque Populaire Suisse, cette autre banque coopérative, à finir entre les mains du Crédit Suisse ? A l’origine de ses multiples déconvenues, on retrouve, comme pour Raiffeisen, une défaillance dans le mode de gouvernance, qu’il faut bien imputer à la forme coopérative. Car à la différence de ce que l’on observe pour les sociétés anonymes, la surveillance exercée par le conseil d’administration sur la direction de la coopérative pêche par plusieurs aspects : une absence – ou une insuffisance – de pression sur les organes dirigeants de la part des coopérateurs (ou de leurs délégués dans le cas des grandes coopératives), une lenteur dans la prise de décision, et bien souvent une connaissance lacunaire des membres de la coopérative du domaine dans lequel celle-ci est active. Dans ces conditions, des managers peu scrupuleux, ou tout simplement imprudents, ont toute liberté d’engager l’entreprise dans des aventures risquées. A quoi s’ajoute une certaine fragilité structurelle sur le plan financier, puisque la forme coopérative, lorsqu’elle s’applique à la banque, rend difficile le processus de recapitalisation en cas de besoin urgent de refinancement.

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07:23 Publié dans Banques suisses, Concurrence, Démocratie, Ethique, gouvernance, suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

27/07/2018

Cartel salarial contre dumping salarial

Encore davantage que les écarts de prix, les écarts de salaire sont la source d’incompréhensions qui empêchent toute tentative de réconciliation et finissent, sous couvert de protections tenues pour justifiées, par détruire cette forme particulière de paix des braves.

En matière de prix, les fronts protectionnistes peinent à céder mais se lézardent néanmoins, tant les avantages du libre-échange sont évidents. De même qu’on a pu le constater pour les productions agricoles, peu à peu libéralisées, on en viendra à la longue à céder sur les prix des médicaments, que l’ordre cartellaire existant empêche encore, malgré de substantielles économies à la clé, qu’ils soient remboursés aux assurés lorsque ces médicaments sont achetés à l’étranger.

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18/07/2018

Prestidigitations italiennes

De toutes les économies européennes, Grèce mise à part, l’Italie est sans doute celle qui a le plus souffert de la crise financière. Après une forte secousse entre 2008 et 2009
(-7% au cumul), son produit intérieur brut réel a pratiquement stagné, au point que le revenu disponible par tête n’y a toujours pas rejoint le niveau qui était le sien avant la création de l’euro. Ce qui fait dire à beaucoup d’Italiens qu’avec la lire, tout irait beaucoup mieux.

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11/07/2018

Le monde à la merci d’un fou ?

On attribue volontiers la brutalité avec laquelle le président américain s’acharne à mettre à terre l’ordre international au fait qu’il tiendrait ses promesses de campagne et contenterait ainsi son électorat. Ce détour par le populisme est dans l’air du temps, puisque il rejoint d’autres manifestations de refermement sur soi qui ne s’observent pas seulement aux Etats-Unis mais aussi au cœur des plus vieilles démocraties européennes. Il y a cependant une autre explication, qui fait froid dans le dos. Et si Donald Trump était atteint de maladie mentale ?

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06:11 Publié dans Air du temps, Démocratie, Etats-Unis, Ethique, Futur | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook | | |

03/07/2018

Sans l’ouverture au monde, point de salut

La réponse des populistes de tous bords à la crise migratoire et plus largement aux bouleversements en cours est un grave danger pour la prospérité, alors que paradoxalement leur vision à courte vue fait croire qu’ils vont pouvoir au contraire la sauver.

Dans sa forme la plus élémentaire, leur proposition tient en trois slogans: sauvegarder les emplois par la fermeture des frontières, relever les salaires et les retraites, baisser les impôts.

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27/06/2018

Soucis persistants sur le marché hypothécaire

On relevait la semaine dernière dans cette colonne combien le marché des crédits hypothécaires restait frappé de suractivité, en particulier en Suisse romande, et combien certaines catégories de banques persistaient à s’y engager. Ce n’est donc pas tout à fait un hasard si la FINMA et la Banque nationale suisse viennent de lancer de sérieux avertissements à propos des évolutions en cours sur ce marché. Même si, note la seconde, la plupart des banques axées sur le marché intérieur sont correctement capitalisées et échapperaient au naufrage en cas de «scénarios défavorables», la situation demeure tendue.

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06:50 Publié dans Banques suisses, Croissance, Dette, Immobilier, suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

20/06/2018

Un dette à plus d’un billion de francs

Le marché immobilier s’est paraît-il stabilisé l’an dernier en Suisse. Les prix auraient même légèrement reculé pour les appartements en PPE, et à peine augmenté pour les maisons individuelles. La situation dans les grands centres urbains n’est évidemment pas celle des régions périphériques. A Genève par exemple, les prix moyens demeurent très élevés. A Zurich ou Bâle également, même si à certains égards la situation hors centre-ville y est moins tendue.

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13/06/2018

La question de la monnaie, un vrai casse-tête

Maintenant que les passions sont retombées (à vrai dire assez peu nombreuses sur ce sujet-là, qui n’a pas soulevé les foules), reprenons sereinement la question, mal posée par les initiants, de la monnaie. On a voulu confier (ou plutôt rendre) à la Banque nationale le monopole de la création monétaire, ce qui est au fond une tautologie, puisque la seule monnaie, au sens strict du terme, est bel et bien la monnaie dite fiduciaire légale (les billets et les pièces, y compris les réserves auprès de la BNS). Les dépôts bancaires sont en réalité des créances sur les banques, et ils ne (re)deviennent de la monnaie (du «cash») qu’à l’occasion des retraits.

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05:20 Publié dans Banques centrales, Monnaie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

06/06/2018

Commerce : l’erreur américaine

Trump se trompe. En détruisant l’ordre multilatéral que les Etats-Unis ont eux-mêmes construit au lendemain de la Seconde Guerre mondiale pour le remplacer par une série de matches de catch à deux gagnables à la seule force du poignet, il commet une quintuple erreur.

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30/05/2018

Monnaie electronique. Si même The Economist le dit…

L’initiative Monnaie pleine, dont on parle beaucoup ces jours-ci puisque les citoyens trancheront le 10 juin prochain, ne suscite pas seulement l’opprobre des bien-pensants et l’adhésion aveugle de ses inconditionnels partisans. Elle renvoie aussi indirectement à des considérations plus sérieuses, telle celle que deux économistes bâlois viennent de publier dans le bulletin trimestriel de la Federal Reserve Bank of St. Louis, l’une des 12 banques régionales de la Fed américaine, dont la division de recherche est réputée dans le monde entier pour la qualité de ses travaux*.

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06:52 Publié dans Air du temps, Banques, Banques centrales, gouvernance, Monnaie | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |